Le crédit versus la subvention

Livre II – Le système de propriété d’usage

Partie 2 – Vers une proposition libérale égalitaire


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Avant de nous lancer, retournons quelque temps dans le passé. Dans les tréfonds de l’antiquité, les cités-États mésopotamiennes se fournissaient régulièrement de dons auprès des propriétaires lucratifs pour financer leurs dépenses. Ainsi, de riches citoyens, souvent des esclavagistes, pouvaient se créditer d’une générosité fictive, puisque leur richesse provenait de la rente féodale, et qu’ils l’utilisaient pour faire valoir un dû, obtenir toujours plus de droits et moins de devoirs : telle est la cynique réalité d’un système d’avance non monétisé. Plus tard, Athènes fut aussi le théâtre d’offrandes patriotiques, réalisés à diverses occasions, ainsi que Rome où les patriciens n’hésitaient pas, pour rembourser une guerre, à partager le butin amassé par les mécanismes féodaux de la propriété lucrative. La charité intéressée, bien qu’elle soit une forme pléonastique pour désigner le mode de financement des systèmes anciens, en argent ou en denrées, dépend du bon vouloir de ceux qui possèdent les richesses. Plus récemment, l’incendie de Notre-Dame de Paris nous a rappelé ce phénomène, lorsque des propriétaires lucratifs dominants décidèrent spontanément de subventionner la reconstruction de l’édifice, parce que c’était leur loisir du moment, et qu’il leur semblait mille fois préférable à l’acquittement de l’impôt fuit méthodiquement. La logique de l’intérêt personnel transforme la charité en un moyen de reconnaissance sociale ou de déculpabilisation, parfois les deux. Rarement la charité est sincère : il est facile de donner une partie des surplus de son revenu ou de son temps, mais extrêmement difficile de céder ses droits. Les propriétaires lucratifs antiques, en plus de posséder la terre, possédaient généralement les travailleurs et leurs outils de travail, mais aussi la récolte produite. On sait aujourd’hui combien cette règle primitive de l’accumulation a prouvé sa capacité à générer un système social inégalitaire de soumission et d’injustice.

Puis, les siècles passants, une idée miraculeuse germa dans la tête des dirigeants du monde occidental : inventer de l’argent ou prêter celui des autres en moyennant un droit de péage, et créer un système d’assurance pour se délester d’avoir à payer le risque d’un pari sur l’avenir. Marx : « Le système du Crédit Public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. ». La dette publique constitue à la fois un moyen très particulier de financer les dépenses de l’État, mais aussi d’institutionnaliser un nouveau mécanisme d’aspiration financière du créancier au prêteur : la rente. La dette publique place l’État dans la même situation que le banquier, à savoir qu’il doit prédire le comportement des agents économiques. Or, nous savons combien toutes les prédictions sont hasardeuses, et s’avèrent régulièrement contredites par des facteurs oubliés ou mal estimés par les modèles mathématiques, quand ils ne sont tout simplement pas prévisibles. Nos économistes technologistes pourront utiliser toutes les équations mathématiques qu’ils voudront, les complexifier, les entrer dans les plus puissants supercalculateurs : ils auront toujours le même problème que les météorologues, à savoir que la prédiction d’un phénomène à variables infinies et atomisées sera toujours inexacte. Mais supposons qu’on réussisse à prédire d’une manière suffisamment convaincante grâce aux progrès de la technologie et des connaissances : jamais un modèle mathématique ne pourra anticiper sérieusement le comportement tantôt rationnel, tantôt irrationnel d’un être humain. Ainsi, l’État, en recourant massivement au système d’avance, se place dans une situation dans laquelle il devient lui-même un agent économique susceptible de défaillir.

Bien sûr, il est si tentant de fabriquer l’argent qu’on veut, que l’État se prive rarement à ce propos. Émettre un titre de propriété (bon du trésor, obligation d’État) pour financer des dépenses qu’il faudra rembourser via une levée d’impôt n’a aucun sens pour un État qui, par nature, est immortel là où le reste des agents économiques a un horizon d’investissement de quelques décennies dans le système lucratif. Ce sont toujours les impôts qui finissent par rembourser les sommes dues, et les citoyens s’acquittent de la rente féodale à verser aux propriétaires lucratifs des titres. L’endettement d’État est un comble quand on peut fonctionner par cotisation/subvention. Ainsi, le budget de l’État devrait se limiter à une collecte de l’impôt pour payer ses fonctionnaires, et tout le reste de ses dépenses devrait correspondre à l’instant t à la cotisation distribuée sous forme de subvention. Avec un pareil fonctionnement, l’État n’aurait plus de dette, et son rôle se limiterait à redistribuer l’intégralité des collectes, à solder son budget tous les mois sans alimenter un quelconque rentier.

Précisons que les intérêts de la dette n’appauvrissent l’État en somme que s’ils sont perçus par des prêteurs étrangers. Déduisons-en que si les prêteurs étaient exclusivement nationaux, les intérêts ne coûteraient rien au pays, comme c’est le cas au Japon où les créanciers de l’État sont majoritairement les épargnants japonais. Lorsqu’un prêteur récupère son droit de péage, il appauvrit du montant exact de la rente ceux qui remboursent la dette, donc s’enrichit de ce que la rente a été socialisée : simple transfert. Mais en dépensant son gain dans l’économie du pays, il réinjecte l’argent collecté dans l’économie. Une dette nationale devrait fonctionner en boucle fermée, n’avoir aucun effet sur l’enrichissement ou l’appauvrissement du pays, ni sur la quantité de monnaie en circulation. Mais ce n’est pas le cas : les dettes d’États sont enchevêtrées les unes dans les autres, dans le complexe et opaque marché financier mondial. L’effet principal consiste donc en un transfert de richesse qui, s’il part à l’étranger, enrichit le pays prêteur, et s’il est national, enrichit les prêteurs de dette. Le système est totalement verrouillé par cet enchevêtrement, qui supprime la possibilité même de la démocratie. En effet, quelle marge démocratique possède le peuple Grec contre les banques européennes, et particulièrement allemandes ? Comme toujours, les propriétés lucratives dominantes ont organisé le système à leur image, l’ont rendu obscur, compliqué, inébranlable, et tenu par l’ultime rapport de chantage de la chute collective.

Ainsi, les gouvernements des pays dits « démocratiques » n’ont plus aucune liberté d’action, et ne peuvent répondre à aucune demande démocratique que le peuple exprimerait par les urnes. La part socialisée du régime hybride croît avec la complexité des systèmes financiers, assassinant et culpabilisant le citoyen en faillite tout en discutant sereinement autour d’une table du renflouement des grands groupes lucratifs en déroute. Depuis 2008, ces jugements différenciés de valeur ont détruit ce qui restait de l’illusion d’une démocratie. L’Occident, jamais à court d’arrogance, s’est toujours gargarisé de ses « valeurs » démocratiques alors qu’elles sont en réalité réduites à peau de chagrin dans tous les domaines de la société. Dans un tel système économique, les revendications de démocratie participative, de référendum d’initiative citoyenne ne peuvent mener qu’à des avortons, car ils n’ont aucune possibilité concrète de changer quoi que ce soit sans ébranler les puissances dominantes, qui sont protégées par tous les moyens de l’État. Ajoutons à ce tableau que la propriété lucrative, en instaurant la féodalité au travail par le moyen du salariat, des contrats de louage, interdit aussi toute forme démocratique au sein de l’entreprise. La propriété d’usage, en rendant les travailleurs propriétaires, induit la démocratie en obligeant les acteurs économiques d’une même PUM à s’asseoir autour d’une table, à voter, à s’organiser de manière collégiale pour prendre toutes les décisions concernant la production. Là où la démocratie occidentale concède au citoyen un ridicule pouvoir démocratique, indirect, représentatif, sur la gestion des ordures, le balayage des cimetières, la reconversion des friches, l’embellissement de la ville, le stationnement et d’autres grandes causes nationales, la propriété d’usage permet de sortir le pouvoir démocratique du seul cadre public pour le prolonger dans le monde du travail. En soi, ce changement est révolutionnaire.  

Avec bon sens, nous constatons que ce sont les citoyens majoritaires, les travailleurs modestes qui remboursent la plus grande partie des intérêts de la dette aux créanciers : les marchés financiers. La rente représentée par les intérêts possède donc la fonction de déplacer du capital vers les propriétaires lucratifs de la dette. Cette forme de location macroéconomique utilise le prétexte de l’avance pour ponctionner de la valeur sur le travail des citoyens. Elle fonctionne selon le système à péage du crédit, mais à plus grande échelle, à l’échelle d’un pays. Nous pouvons alors reprendre notre refrain habituel : le locataire terminal, moteur de la rente et appauvri par elle, s’éloigne de la capacité d’investir à mesure qu’il transfère la valeur de son travail vers ses maîtres. Marx, toujours : « La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette magique, elle doue l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. »[1].

Depuis la fin des accords de Bretton Woods, on ne sait plus sur quel étalon danser ; les cours des monnaies font l’objet de paris spéculatifs que Friedman n’avait pas anticipé lorsqu’il prônait des taux de change flottants[2]. Pour aggraver notre cas, dans la zone euro, la banque centrale ne prête pas aux États, mais à leurs banques privées, ce qui signifie de facto que ces États acceptent de déléguer à des acteurs privés le pouvoir de création monétaire. L’émission de monnaie dépend alors du crédit aux entreprises et aux ménages via les banques commerciales, puisque la monnaie est émise par l’accord de prêt à rembourser. La situation est donc la suivante : la monnaie émise à découvert dépend des prêts accordés par les banques, ce qui les place dans une situation de domination éloignée de toute préoccupation démocratique. Et puisqu’on ne peut jamais prédire toutes les conditions du retour de l’argent, on ne peut jamais savoir combien en créer, ni prédire l’effet qu’aura son injection dans l’économie. Une institution comme la banque centrale européenne par exemple, crée de la monnaie interbancaire, injecte les sommes qu’elle juge utiles pour les détruire dans le futur, lors du remboursement, et éviter que la quantité de monnaie en circulation n’augmente jusqu’à l’infini. Elle ne peut deviner les effets de son action quotidienne que par des suppositions multiples, avec une médiocre fiabilité.

Bien qu’ils tiennent les cordons de la bourse de l’État, et qu’ils votent tous les ans des budgets déficitaires, les néolibéraux dénoncent l’État comme un malade de la dépense compulsive, un être de débauche à mettre immédiatement au régime par des cures d’austérité. En revanche, jamais ne se pose la question d’une autre manière de financer l’État ; jamais n’est remise en question l’instabilité du système d’avance, ses fondations fragiles. Pour se désendetter, l’État néolibéral utilise les méthodes qui l’ont ruiné : sa politique néolibérale, et comme les malades saignés chez Molière, il ira moins bien et se prescrira plus de saignés. Il vendra ses actifs pour favoriser la sainte concurrence lucrative : autoroutes, routes nationales, aéroports, chemin de fer, production électrique, hôpitaux, patrimoine historique, foncier en tout genre : ce qui au passage représentera une agression supplémentaire pour les générations futures. Il déléguera aux propriétés lucratives les rares secteurs épargnés par la rente féodale : retraite, santé, chômage, accident du travail, éducation, au nom des « économies ». Il réduira les prestations sociales qui maintiennent les travailleurs en vie, agressera verbalement les locataires intégraux avec sa novlangue, les tabassera s’ils leur venaient l’idée de se plaindre, ouvrira des concertations imaginaires, des cahiers de doléances qui finiront en autodafés, expliquera qu’il n’y a pas d’alternative. Par ces critères on reconnaît le programme des « centristes modérés » qui sont d’une certaine façon des activistes extrémistes refoulés.

Alors, les dirigeants néolibéraux sont-ils fous ? Non, ils agissent selon un paradigme très précis. Leur obsession consiste à augmenter en permanence l’emprise de la propriété lucrative, à la sécuriser, et particulièrement la plus puissante et la plus destructrice, l’ennemi qui n’a pas de visage et dont il faut se débarrasser d’urgence : la finance. La satisfaction des actionnaires, des créanciers, c’est-à-dire les véritables propriétaires du travail abstrait, passe devant toutes les considérations populaires ou écologiques, passe avant le sauvetage de l’humanité. Un tel système pourra-t-il demander à un agriculteur dont la terre s’est transformée en sable de payer la rente ? aux hommes et femmes dont la maison est noyée de payer la rente ? Non, alors il les éliminera. Pas directement bien sûr. Ici, la police ou l’armée ne jouent aucun rôle, mais parce que l’élimination des individus non producteurs de rente est une conséquence finale du système néolibéral. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les statistiques de mortalité des pays occidentaux, particulièrement en Grèce où la politique néolibérale à frappé un grand coup, pour voir que les locataires terminaux devenus insolvables sont soumis à tous les risques : sociaux, maladies, drogue en tout genre, malnutrition, pollution ; dont ils finissent par mourir. Voilà ce qui arrive concrètement lorsque la rente devient le moteur de notre civilisation. La propriété lucrative oriente la société vers une forme eugéniste, qui élimine indirectement les individus qui ne lui rapportent plus de rente, qui tend à former une race supérieure et minoritaire : les propriétaires lucratifs dominants. Ainsi, elle détruit l’idée fondamentale qu’un Homme puisse se reconnaître dans n’importe lequel de ses semblables. Elle classe les individus selon leurs origines, et non selon leurs actions. On retrouve d’ailleurs ce principe dans les sujets sociaux du moment.

Dans une forme de défense plus directe, les néolibéraux protègent quoi qu’il en coûte les droits des contrats privés lucratifs, cette fois en utilisant la police et l’armée, qui sont pour eux des assurances-vie indispensables, et… socialisées. Voici toute l’ambivalence et l’hybridation du néolibéralisme : il a absolument besoin de l’État, mais le déteste. Il détruit l’État dans la limite de ce que la fiabilisation de la rente permet : juste ce qu’il faut pour que la modération salariale puisse œuvrer à plein. En cela, les néolibéraux ne perdent rien de leur pouvoir de domination, et ce sont toujours eux qui fixent primitivement le niveau de violence. La propriété lucrative généralisée provoque sans surprise le découplage fou entre l’économie de subsistance, et les activités prospectives de la finance. La rente ruisselle dans les nuages des serveurs informatiques, elle se virtualise sans jamais condenser. C’est d’ailleurs une volonté non déguisée des néolibéraux de dématérialiser tout l’argent, car on peut ainsi en créer tant qu’on veut : c’est-à-dire fabriquer de l’argent qui ne dépend d’aucun travail, et violer la règle ricardienne de la valeur. Ainsi, la faillite des banques ne fera même plus trembler l’ordre néolibéral. On pourra alimenter les comptes des banques en faillite par simple écriture de signes, et éviter une guerre civile. Mais on ne soupçonne pas la gravité de violer la règle ricardienne de la valeur, c’est-à-dire de désindexer la marchandise monnaie de la valeur générée par le travail humain. Cette bombe atomique financière ouvrirait un monde d’incertitude économique dont il serait sage de se passer, car la valeur échangeable en monnaie perdrait tout son sens, et nous devrions, comme lors des périodes d’hyperinflation, chercher des valeurs refuges dans autre chose que l’argent, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le citoyen possède cependant le pouvoir de sortir de la servitude volontaire : il suffit qu’il le décide, et une simple minorité peut assumer ce rôle, comme lors de toutes les révolutions. Une partie du travail volé par les propriétaires lucratifs sera rendu lorsque les États annuleront la dette publique, premier pas vers la propriété d’usage universelle. Le second pas étant l’équivalent pour la dette privée ; le troisième, de rendre tous les travailleurs propriétaires d’usage de leur outil de travail. L’allégation thatchérienne : « There is no alternative », TINA représente la négation même de cycles de la nature. L’alternative existe, puisque tous les systèmes subissent les lois de la naissance-croissance-effondrement-mort. Passons sur le fait qu’une Anglaise ait prononcé une telle idiotie au pays de Darwin, et précisons qu’aucun système ne peut vivre figé, pas même celui de l’exposé ci-présent, et encore moins la propriété lucrative globalisée. Laisser croire qu’aucun choix ne s’offre à nous, en plus de représenter un renoncement inquiétant, nous indique combien ceux qui exigent le remboursement de la dette publique ne comprennent pas, ou nient le sacrifice générationnel nécessaire à la réalisation de leur idéal. Les locataires de la propriété lucrative ne gagnent pas d’argent sur la dette publique : ils génèrent sa rente par leur travail. Le néolibéral nous répondra que le pauvre sortira de sa mauvaise condition justement parce que la dette permet d’investir, ce qui est théoriquement inexact.

Cela va devenir difficile pour les partisans de ce système archaïque de nous convaincre. Le magistère de l’hybridation affirme que sans le crédit, nous devrions attendre de disposer des ressources nécessaires : or, c’est faux. Seuls les capitalistes doivent attendre pour dépenser, puisqu’ils raisonnent toujours selon les règles de l’accumulation : soit j’accumule du salaire ou de la rente pour investir, soit je loue une accumulation à retardement : la dette ou le crédit, une avance que je devrai rembourser plus cher que le financement qu’elle m’a autorisé. Or, le plus grand capital d’un État, c’est son peuple de travailleurs, c’est de lui qu’émerge toute la valeur, toute la richesse : même Adam Smith ne nie pas cela. Si l’État alimente une caisse par le prélèvement d’une part de traitement sur chaque travailleur, appelée cotisation, l’argent récolté le dote d’une fortune immédiate. Ce trésor peut être réinvesti immédiatement dans l’économie sous forme de subventions. Les subventions viennent ainsi fermer la boucle financière qui lance la roue de l’économie, en permettant tous les investissements de manière directe. On évite ainsi les projections douteuses, on s’épargne d’avoir à stocker l’argent : puisqu’on le redistribue dans le présent.

La cotisation n’a rien de comparable avec la dette puisqu’elle se transforme intégralement en investissement, à l’euro près, sans rente. La subvention paye l’investissement pour ce qu’il coûte, mois par mois. Terminé le fardeau à taux d’intérêt pour les générations futures, le cadeau empoisonné de la dette publique. L’État collecte les cotisations, distribue les subventions. Il dépense ce qu’il collecte, collecte ce qu’il dépense. Nous voici donc devant un système d’une grande simplicité :

1° Une caisse unique gérée par l’État collecte les cotisations sur le traitement des travailleurs.

2° Les cotisations sont redistribuées sous deux formes : la gratuité ou la subvention. Par exemple, la gratuité de l’école et la subvention d’un outil de travail.

3° En fonction de nombre de travailleurs de chaque propriété d’usage, une caisse de subventions étatique, régionale ou départementale, redistribue l’argent de la cotisation aux demandeurs. Elle facture à la caisse de cotisation unique.

La force de ce système vient de son origine : le travail. Qui connaît une société sans travail ? Aucun projet, si gigantesque soit-il, ne devrait nécessiter l’avance des capitaux. Rappelons-nous encore et toujours que seul le travail humain crée la richesse, qu’il n’y a aucune raison de la projeter dans le futur comme le font les capitalistes. C’est la richesse produite chaque mois par le travail humain qui financera les projets sociétaux. Toutes les réalisations humaines pourront être financées au fur et à mesure du travail effectué. C’est pourquoi la seule limite de financement par la cotisation se situe dans la capacité de travail fourni par le corps social : donc les choix politiques de la société. Si nous voulions construire une réplique exacte de la pyramide de Gizeh au milieu de Paris, rien ne serait plus facile que de la financer par la cotisation. Le travail des ouvriers serait payé mois après mois. Jamais nous n’aurions besoin de mobiliser la somme totale de la valeur du travail d’un coup, jamais nous n’aurions besoin de rembourser quoi que ce soit dans le futur. Nous voyons donc l’utilité d’un tel système dans la configuration qui s’offre à nous, à savoir un dérèglement climatique entamé, des ressources naturelles de moins en moins abondantes et de plus en plus inaccessibles (baisse du facteur α). Puisqu’il est avant tout politique, et que les citoyens votent pour les projets qui leur semblent en phase avec leurs besoins, on évite bien des abus de pouvoirs de dirigeants voltairiens.


Notes

[1] Marx, Le capital, SVIII, Ch XXXI, Genèse du capitaliste industriel.

[2] Milton Friedman, Capitalisme et liberté, Ch les arrangements financiers…, Une solution appropriée pour le marché libre : les taux de change flottants.

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