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De quelle valeur parlons-nous ? De la valeur du travail humain.
Une entreprise produit, un consommateur détruit la production, la consomme. Telle est la vie du travail humain depuis la nuit des temps. Parfois, le producteur et le consommateur sont confondus dans la même personne, mais cela reste anecdotique, car nous sommes des êtres sociaux. L’essentiel de nos consommations est acquis par un échange de travail. Le troc étant imparfait, nous avons choisi la monnaie pour fondre le travail dans une marchandise facile à échanger et convertible en à peu près tout : la marchandise monnaie.
Ceci étant dit, nous pouvons nous concentrer sur la situation actuelle, tout à fait discutable.

Si nous étions raisonnables, justes, un tant soit peu égalitaristes, alors le producteur de valeur devrait recevoir tout le fruit de la production, sans aucun parasitage. Il devrait être payé intégralement à ce pour quoi il a travaillé. Se poser la question de la répartition nous rappelle que nous vivons dans un monde féodal, car elle ne se pose pas dans un monde de propriété d’usage universelle. C’est là toute l’étrangeté de la situation. Même les « solutionnistes » tombent dans le panneau, et proposent non une redéfinition de la propriété, mais un énième aménagement du système lucratif.
Réveillez-vous ! Ça fait 200 ans qu’on tente de réaménager le capitalisme. Force est de constater qu’il s’en porte bien ! Je vais plus loin, car les aménagements, en le rendant supportable, en l’éloignant de son état sauvage naturel, le poussent vers l’éternité.
Revenons à la répartition de la valeur. Nous vivons dans un monde néoféodal, où un propriétaire, parce qu’il est propriétaire, peut récupérer une partie de la valeur de la production… sans travailler. C’est son droit, c’est légal, il ne va pas s’en priver.
Ainsi, l’économiste atterré consigne, naturalise et se scandalise de la situation. Il nous apprend dans un rapport détaillé[1] trois choses :
- La répartition de la valeur ajoutée n’est pas constante dans le temps et dépend du rapport de force entre le capital et le travail.
- Au cours des dernières décennies, la part des salaires dans la valeur ajoutée a connu des fluctuations importantes.
- La répartition de la valeur ajoutée est influencée par des conventions comptables et par l’intervention de l’État. Il est nécessaire de réorienter les revenus du capital vers l’investissement net pour favoriser une transition sociale et écologique. Cela pourrait être accompli grâce à une fiscalité redistributive.
Ce rapport ne remet pas en cause le système dans son fondement : féodal ! Il prévoit une répartition plus juste entre voleur et volé. Il commet l’erreur bicentenaire du contestataire.
Il y a des riches, des pauvres. Prenons aux riches pour donner aux pauvres, via les taxes et les impôts, et tout ira mieux ! Main ne serait-il pas plus intelligent d’empêcher les riches de voler du travail ? Je m’explique.
Si la quantité de travail est finie dans une nation, si un propriétaire récolte une rente sans avoir à participer à la production, alors il appauvrit nécessairement celui à qui il la prélève. Ainsi, il peut dépenser sur le marché cette portion de travail volée à un producteur de valeur, d’où la richesse, d’où les inégalités, d’où la pauvreté. Un enfant peut comprendre ce mécanisme.
Il est absolument stupide de laisser le propriétaire lucratif s’enrichir sur le dos de ses locataires, les salariés, puis de chercher un moyen de lui faire rendre l’argent.
La question est donc : voulons-nous d’un monde juste ? Résoudre les inégalités, réduire la dépense sociale, réduire la pauvreté ? Si oui, alors payons le travail ! Empêchons les propriétaires lucratifs de récolter le moindre centime de rente. Rendons propriétaires les usagers des outils de production. Cela simplifiera grandement le travail des percepteurs d’impôts. Cela allègera considérablement les règles comptables.
Tant que les contestataires réfléchissent à l’aménagement de la superstructure lucrative, ils iront droit vers l’échec. La question n’est plus la répartition de la valeur, mais la légalisation du surtravail. Il est tout de même incroyable de ne pas réussir à dépasser l’horizon féodal, de réfléchir à une proportion acceptable de vol ! La réponse devrait être 0 %. Cela devrait servir de base à toute réflexion.
Nous voulons une société plus sobre, plus écologique, plus durable, alors qu’attendons-nous pour payer le travail, pour interdire le surtravail, pour empêcher les rentiers de décider de la production ? Rendons le pouvoir d’investir aux producteurs de la valeur, car ils n’appliqueront pas la casse sociale sur eux-mêmes pour quelques centimes de valeur à gagner, ils n’auront pas intérêt à détruire l’environnement, à surproduire !
La propriété d’usage universelle est logique, de bon sens. Il n’y a pas besoin de sortir d’une grande école pour se rendre compte de tous ses intérêts. De plus, elle permet à la démocratie de rentrer dans l’entreprise, là où aujourd’hui les entreprises lucratives sont des mini dictatures, pour laisser place au mutualisme, à l’autogestion. Ainsi, les décisions seront prises par ceux qui effectuent le travail, non plus par des rentiers cachés derrière un écran d’ordinateur.
Il est dangereux de naturaliser la loi féodale, de proposer des solutions pour atténuer ses dégâts sociaux et environnementaux inéluctables. Il est raisonnable de rendre la propriété, donc le pouvoir, aux actuels salariés. Faire autre chose, c’est renforcer le néoféodalisme !
[1] https://www.atterres.org/partage-de-la-valeur-ajoutee-en-30-ans-la-part-revenant-aux-salaires-sest-erodee/



