Capital et potentiel de travail


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Le capital est une notion faussement évidente. Sa mauvaise définition a souvent mené à des raisonnements biaisés. De la négation de sa véritable origine dans les ressources naturelles en passant par les certitudes naturalistes de la propriété lucrative (le capitalisme), qui s’accapare la notion de capital, notre vision de l’organisation de la production est perturbée, raison pour laquelle cet article propose de redéfinir deux notions indissociables : le capital et le potentiel de travail.

Pas de capital dans la Nature

Le capital est souvent présenté comme une ressource magique apparaissant ex nihilo, plutôt chez les riches qui le gèrent, le dépensent, l’investissent, comme une simple quantité de chose stockée et mobilisable grâce à leur talent. On parle généralement de capital pour de l’argent, des biens, et Pierre Bourdieu ajoute des adjectifs à ce concept pour définir un capital économique, culturel, symbolique et social. D’autres parlent de capital naturel, écologique, environnemental, et nous voilà perdus.

N’oublions jamais que la notion de capital provient avant tout de l’économie, notre sujet, et que l’économie consiste justement à « économiser ». Mais économiser quoi ? Le travail bien sûr, et pas n’importe lequel : le travail humain, à savoir que l’on s’échine par tous les moyens à réduire la quantité de travail humain nécessaire pour obtenir une unité de reproduction matérielle : voici toute l’histoire de la productivité. Mais cela ne définit pas le capital.

Beaucoup pensent qu’il existe du capital dans la Nature, et certains veulent même le facturer pour retarder le déluge qui succédera au capitalisme. Pleins de bonne volonté, ils brûlent dans leurs recherches mais buttent sur des problèmes insolubles, du genre : combien vaut la Nature ? À qui adresser les recettes ? Sachant que personne n’a payé pour créer les lois physiques, la vie, ni pour disposer autour de nous les atomes, les matériaux ou les produits naturels exploitables, il semble impossible de définir un prix sans perturber la chaîne de la valeur.

La parade généralement utilisée consiste à se baser sur le manque à gagner d’une ressource disparue : méthode approximative et contestable, qui ne peut s’appliquer à une Nature vierge de travail humain. Ce raisonnement, dans la continuité du socialisme de redistribution de type Robin des Bois, vient s’ajouter à la longue liste des actions sur les symptômes du productivisme sans chercher à remonter aux causes (en commençant par le mode de propriété). Or, des millénaires de socialisme de redistribution n’élimineront jamais le mode de production à l’origine des pillages sociaux et environnementaux.

La Nature a toujours été, et sera toujours gratuite. Pour cause : la Nature ne provient pas du travail humain, donc sa conversion ne peut pas être une conversion d’une forme de capital en une autre, comme on convertirait des euros en vélo, ou des dividendes en yacht. Il n’y a donc pas de capital dans la Nature au sens économique du terme. Pourtant, la totalité de notre capital « provient » des ressources naturelles gratuites mobilisables autour de nous. Voyons cela.

Capital et potentiel de travail

Pour nous sortir de cette impasse sémantique, nous devons distinguer deux notions essentielles : le capital et le potentiel de travail. Précisons : le capital est une notion humaine, qui n’existe pas sans l’Homme, puisqu’elle exprime un surplus de travail humain, mobilisable dans le présent ou le futur. L’Homme crée le capital en travaillant pour récolter ou transformer les produits et les lois de la Nature gratuite qui, insistons, sont à la base de toute la richesse pour lui. En toute logique, on ne trouve donc aucun capital à l’état naturel dans lequel on pourrait puiser, car c’est le travail de l’Homme qui le constitue. Ainsi, aucune ressource naturelle ne peut correspondre à un capital, puisque les ressources naturelles gratuites précèdent le capital.

Résumons : le capital représente le stockage d’un surplus de travail humain, consommable ou échangeable ultérieurement. Par exemple, si je mange les baies cueillies au fur et à mesure d’une sortie de glanage, je consomme directement la valeur de mon travail de cueillette, et cela ne m’aura rien coûté, puisque personne n’a payé pour inventer le fruit, ni pour générer le sol, la gravité, la pluie et le beau temps. À la fin de l’opération, il ne me reste rien d’échangeable, mon panier est vide : aucun capital ne s’est constitué car il n’y a aucun surplus de production. J’aurai en quelque sorte digéré la totalité de mon travail, digéré le potentiel de travail de la ressource naturelle gratuite, car la consommation détruit le travail. En revanche, si j’amasse et je stocke les mêmes baies, je peux non seulement les consommer plus tard, à savoir consommer mon capital et détruire mon propre travail, ou échanger ce capital contre un travail équivalent avec une personne qui détruira mon travail à ma place : qui le consommera.

Ainsi, il faut comprendre que les baies disponibles avant mon passage ne sont pas un capital, mais seulement un potentiel de travail. Tout potentiel de travail converti en capital par le travail, puis détruit par la consommation, se voit érodé définitivement. De là, deux possibilités s’offrent à nous : soit le potentiel de travail se renouvelle (les baies repoussent l’année suivante), et je peux à nouveau le convertir en capital en travaillant, puis le détruire par la consommation ; soit il ne se renouvelle pas, et il est définitivement érodé, perdu à jamais.

Je peux aussi échanger (troquer, vendre) mon capital de baies, qu’un autre travailleur transformera en un autre produit (confiture par exemple), et qu’un consommateur consommera (mangera) pour le détruire définitivement : cela ne change rien au destin du potentiel de travail transformé en capital : la disparition par la consommation. S’il ne disparaissait pas, nous n’aurions plus besoin de travailler. Or, nous travaillons depuis quelques millions d’années.

Nous voyons bien ici que toute la chaîne de production dépend de la disponibilité originelle du potentiel de travail gratuit de la ressource naturelle, sans laquelle le capital ne peut pas s’échanger ni se convertir avec du travail. N’en déplaise à M. Jean-Baptiste Say, l’économie est entièrement limitée par la disponibilité du potentiel de travail : impossible de dépasser cette loi. Sans le potentiel de travail de la Nature gratuite, je n’aurais aucune valeur à produire, à échanger, et je mourrais de faim, ce qui m’arriverait dans un lieu dénué de potentiel de travail significatif, un lieu où même le travail de respiration de l’atmosphère gratuite fait défaut : la planète mars par exemple.

De l’île de Pâques à la conquête de mars

En effet, imaginons que je survive à une transhumance cornucopienne vers l’astre rouge, comme en rêvent une poignée de propriétaires lucratifs dominants ; quel potentiel de travail aurais-je à mobiliser avec les ressources naturelles gratuites de cette planète glaciale, désertique, dénuée d’atmosphère respirable, de champ magnétique, de vie ? Sans potentiel de travail : pas de travail. Sans travail : pas de capital. Donc, sans potentiel de travail : pas de capital à répartir entre les humains (plus ou moins justement suivant le mode de propriété, mais c’est un autre sujet).

La Nature gratuite ne suffit donc pas à (sur)vivre. Encore faut-il qu’elle nous offre du potentiel de travail utile et facilement mobilisable pour notre reproduction matérielle. Le potentiel de travail abondant sur Terre semble rare dans notre univers proche : raison pour laquelle il est globalement inhospitalier. Ne comptons donc pas sur la conquête spatiale pour sauver l’humanité d’un désastre écologique terrien, et économisons le potentiel de travail de notre planète.

Maintenant, reposons les pieds sur Terre. Si certaines ressources sont renouvelables (à condition de ne pas les extraire au-delà de leur capacité de régénération), d’autres ne le sont pas. Le processus de minage d’une ressource naturelle gratuite non renouvelable consiste à détruire irréversiblement un potentiel de travail, car la roche gratuitement mise à disposition pour l’Homme ne repousse pas dans les mines. Nous pouvons aussi considérer comme du minage tout processus visant à éroder une ressource renouvelable plus rapidement qu’elle ne se régénère. La logique de minage offre du travail, mais pour un temps limité. Ça n’est donc pas durable. Même si le capital issu de certaines ressources minées peut se reconvertir plusieurs fois (Marchandise en Argent, Argent en Marchandise, etc.), sa consommation plus ou moins diffuse restera un acte d’érosion irréversible, qui appellera un nouveau travail, si tenté qu’il reste assez de potentiel de travail à exploiter.

J’insiste : si l’extraction du gaz, du pétrole, du charbon, des roches, le défrichage intensif, le surpâturage, la surpêche, la vidange des nappes phréatiques peuvent se convertir en capital consommable, ou en capital de monnaie utilisable pour d’autres emplois pour enrichir la société, la dure loi de la consommation finira par détruire le travail fourni par ces ressources naturelles gratuites et non renouvelables, sans jamais régénérer le potentiel de travail originel. Lorsque tous les puits de pétrole se tarissent, que les espèces s’éteignent, que les nappes et les mines sont vides ; même si l’on a investi le capital pour miner d’autres ressources naturelles gratuites, pour replanter d’autres arbres, on ne pourra plus jamais compter sur la ressource originelle, épuisée définitivement. On ne restitue jamais le potentiel de travail d’une exploitation minière car, par définition, il faut injecter plus de travail pour régénérer la ressource que pour l’exploiter, ce qui contredit la logique d’économie (de travail humain). Ainsi, la Terre devient un peu plus martienne.

Parmi un panel d’une douzaine de cas historiques, l’histoire des habitants de l’île de Pâques illustre le résultat de l’épuisement de tout le potentiel de travail facilement mobilisable dans un lieu : jusqu’à sa quasi-stérilisation, jusqu’à la disparition de ses habitants. Si un groupe de naufragés échouait aujourd’hui sur cette île, il ne pourrait pas y constituer une civilisation autonome : le potentiel de travail est trop érodé trop pour y survivre : c’est physique.

Quittons l’île de Pâques, et supposons maintenant qu’on réussisse à utiliser de l’énergie renouvelable pour extraire des ressources non renouvelables, dans une mine par exemple. Un problème persiste : celui de l’érosion du potentiel de travail. En effet, au fur et à mesure de leur exploitation, les mines perdent en potentiel de travail (en fertilité), qui est à l’origine de la chaîne de production des collecteurs d’énergie renouvelable. Ainsi, il arrive un moment où le potentiel de travail vient à manquer, donc le travail se réduit et le capital à consommer baisse : la richesse décroît. Ainsi, même dans un cadre dit « durable », nous stérilisons des espaces. Pour perpétuer à l’infini notre espèce, il faudrait donc fermer toutes les mines, c’est-à-dire se passer de tous les métaux et minéraux indispensables à la fabrication des collecteurs de ressources naturelles renouvelables, se passer des outils rudimentaires jusqu’à la moindre pioche, au moindre silex, et ne prélever que le potentiel de travail capable de renouveler : revenir à la préhistoire, âge de la durabilité forte.

Est-ce grave docteur ? Qui a envie de vivre à la préhistoire ? Tout est question de point de vue, de choisir entre la vie de cigale (extractivisme poussé des régimes hybrides) ou de fourmi. Nous pourrions déjà vivre avec moins d’objets, moins de machines, moins de services. Mais ce n’est pas tout, voici qu’entre en jeu une énorme marge de manoeuvre dont nous n’avons pas encore discuté : la répartition du capital issu de l’érosion du potentiel de travail de la Nature gratuite.

Détournement légal

Le mode de production lucratif (capitalisme hybridé), possède une tendance structurelle à détruire le plus rapidement possible le potentiel de travail des ressources naturelles gratuites pour alimenter les rentes pharaoniques des propriétaires lucratifs. Le régime de propriété lucrative incite à la logique de minage, puisque les organisateurs de la production : les propriétaires lucratifs, ont avantage à miner un maximum la Nature pour augmenter leurs rentes. Dire qu’il est inégalitaire et non durable, c’est enfoncer une porte ouverte. Nous pouvons donc agir sur la répartition, mais attention, pas après coup : à la source : j’ai déjà suffisamment pesté contre la logique Robin des Bois.

Pour rappel, l’activité favorite de celui qu’on nomme capitaliste (le propriétaire lucratif) consiste simplement à utiliser un travail passé cristallisé (le capital, dont il a généralement hérité) pour détourner du surtravail en louant ce même capital à plus pauvre que lui. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce principe est parfaitement légal. Il est même le standard économique de notre monde hybridé. Si le potentiel de travail des ressources naturelles possède un rapport avec cette affaire, c’est qu’il lui permet d’exister. Nous confondons ainsi une organisation sociale de la production avec la générosité de la Nature. C’est bien le potentiel de travail d’une ressource qui permet de produire le capital, que le capitaliste exploitera cyniquement par la loi féodale : pour s’enrichir de la rente.

Mais n’allons pas tout confondre : le capital est présent et nécessaire dans tous les systèmes productifs, y compris les systèmes de propriété étatique ou le mutualisme. Le capital n’est en aucun cas réservé aux capitalistes. Ce qu’on nomme capitalisme est un cas particulier de l’utilisation du capital : le cas féodal dans lequel l’usage de la propriété est délégué à un locataire, payé en deçà du travail qu’il a fourni ; la différence étant la rente du propriétaire lucratif, mal nommé capitaliste

Le mode de propriété d’usage vit aussi du potentiel de travail de la nature gratuite, et stocke sans originalité du travail sous forme de capital. Seulement, le capital y perd sa destinée d’outil de détournement du travail des locataires, puisqu’il n’y a plus de locataires à détrousser. Les usagers du capital étant les producteurs eux-mêmes, ne peuvent détourner leur propre travail, s’exploiter eux-mêmes, et sont contraints de le consommer, de l’échanger ou de l’investir dans de nouveaux moyens de production. Ainsi, le principe égalitaire permet de réduire mécaniquement les activités extractives : celles qui érodent trop violemment le potentiel de travail. En effet, on ne peut attendre des dominants qui possèdent la plus grande marge de réduction de l’érosion du potentiel de travail, qui possèdent les clés de la production, qu’ils décident volontairement de sacrifier la rente : celle qui fait d’eux des dominants. L’écologie commencera donc par une redistribution de la propriété selon la loi de l’usage, via la propriété d’usage universelle.

Outil ou machine ?

Autre point sémantique : la différence entre l’outil et la machine. Personne ne me contredira si j’affirme qu’il faut du travail pour miner la Nature, ou pour convertir une ressource en capital. Or, ça n’est pas la même chose d’extraire un minerai avec une pioche ou avec une excavatrice géante. L’Homme a toujours cherché à augmenter l’efficacité de son travail pour obtenir plus de capital avec moins de travail humain. Ainsi sont nés les outils. Ils ont donné accès à des ressources anciennement inexploitables. Ils ont amélioré l’efficacité du travail humain en réduisant le temps de travail par unité de capital obtenu (cueillir des myrtilles avec un peigne accélère la constitution d’un capital de myrtilles). Ils ont diversifié le capital en ouvrant de nouvelles possibilités d’exploitation des matières et des lois naturelles (sans outils les Égyptiens n’auraient pas construit les pyramides).

Mais les outils ne savent pas fonctionner sans dépendre entièrement de l’énergie humaine, c’est d’ailleurs leur définition. De ce constat nous pouvons considérer que certaines civilisations antiques avancées n’ont jamais dépassé significativement le stade de l’outil. L’aventure de l’Homme ne s’est donc pas arrêtée là : il a inventé la machine pour augmenter grandement l’efficacité de son travail.

Le principe de la machine est le suivant : une machine convertit une énergie essentiellement non humaine en travail non humain, et émet au passage des sous-produits plus ou moins directement. Lorsque la machine est suffisamment évoluée, on peut même l’abandonner quelques temps pour la laisser travailler toute seule (par exemple, une pompe à eau fonctionnant avec le vent peut remplir un réservoir pendant que le semeur dort sur ses deux oreilles).

Evidemment, on ne trouve pas de machines dans la Nature, il faut du travail humain pour les concevoir, les fabriquer, les vendre, les installer, les entretenir, les surveiller, mais la durée cumulée de ce travail est inférieure au travail mort rendu par la machine. Le rapport entre le travail non humain (mort), et le travail humain inhérent à la machine s’appelle le facteur alpha. Il doit dépasser 1 pour qu’il soit intéressant de recourir à la machine.

En utilisant le potentiel de travail d’une ressource naturelle gratuite pour alimenter les machines et ainsi démultiplier le travail humain d’un facteur alpha, on peut obtenir un grand capital avec peu de travail. L’augmentation du parc de machines accroit l’érosion du potentiel de travail des ressources naturelles gratuites, non seulement par épuisement, mais aussi par augmentation des sous-produits indésirables, comme les gaz à effet de serre, les radiations, les polluants, la salinisation, etc.

Voici la douce loi de l’entropie révélée, qui sous-tend que chaque euro de capital produit des dégradations irréversibles et provoque aussi une dilution du potentiel de travail trop coûteux pour être exploitable. Ce phénomène existe depuis l’aube de l’humanité : si on peut le ralentir, on ne peut pas l’éliminer, car personne ne cessera de respirer, de se nourrir… Le problème, c’est l’échelle à laquelle on pratique l’érosion du potentiel de travail, que le mode de propriété lucratif et sa recherche mercantile de la rente cherche à augmenter jusqu’à l’apocalypse.

Vision d’économiste

Partons du principe que le travail produit l’entièreté du capital à partir des ressources naturelles gratuites, y compris lorsque le capital est diffusé dans son énième transformation.

Ainsi, l’expression du monde par les économistes en K (capital) et L (travail) peut être comparée par analogie physique avec l’expression de l’énergie et de la puissance. Le travail L correspond à l’intensité instantanée (au débit) de la transformation du potentiel de travail par l’Homme, et le capital K à un reliquat de cette transformation dont le produit n’est pas encore consommé. Cette surcapacité dont le produit se transforme en capital permettra éventuellement d’améliorer la productivité du travailleur (en fabriquant plus de machines qui augmenteront le facteur alpha par exemple). Seulement, ces machines deviendront à leur tour des entités nécessitant d’éroder un potentiel de travail disponible gratuitement dans la Nature, car elles ne peuvent exister sans l’Homme et son travail, mais surtout sans ressources naturelles abondantes permettant un facteur alpha égal ou supérieur à 1. Comprenons : pour entretenir ce cycle infernal, il faut augmenter indéfiniment la quantité et la vitesse d’érosion du potentiel de travail des ressources naturelles gratuites : voici l’histoire de la croissance.

Ce qui manque à l’expression économique de K et L, c’est la variable P du potentiel de travail. Toute l’économie actuelle se base donc sur une Nature infinie, et n’y voit aucun facteur limitant. Or, si le capital provient du potentiel de travail, quelle économie autonome pouvons-nous développer sur Mars ? Aucune.

Précisions à propos du potentiel de travail, qu’on ne peut le mesurer avant la constitution du capital car, nous l’avons vu, il précède le capital. En effet, comment estimer le potentiel de travail de respiration de l’air respirable sur Terre ? Admettons qu’on réussisse à mesurer précisément la quantité de minerai de fer par exemple, nous ne pouvons pas savoir à l’avance combien de travail sera injecté, donc, combien de capital en résultera. On ne connaîtra sérieusement le potentiel de travail qu’une fois le travail effectué. Le potentiel de travail restera toujours une variable inconnue à l’avance, estimée, car on peut difficilement le mesurer sans le détruire. Pour continuer dans les analogies avec la physique, l’observation d’un photon réduit l’onde lumineuse, et nous ne pouvons pas savoir à l’avance combien il y avait de photons : nous en connaîtrons la quantité qu’après les avoir observés. C’est la même chose pour le potentiel de travail.

Le potentiel de travail P est donc transformé par le travail L en capital K, détruit par la consommation C. Nous pouvons en déduire que P (potentiel de travail) est égal à C (consommation), et que le capital n’est qu’un état transitoire engendré par le travail entre ces deux extrémités. La destruction de capital nous assure d’avoir toujours à travailler, à condition qu’un potentiel de travail à exploiter existe autour de nous. La richesse qui se mesure avant tout par la consommation, dépend entièrement du potentiel de travail.

Pour conclure, nous avons vu que le potentiel de travail était à la base de toute notre économie, et que nous le dégradons inexorablement. Cependant, il existe une double marge de manœuvre, qui consiste à réduire et à mieux répartir le capital issu du travail. Or, pour obtenir cet effet, il faut changer de mode de propriété, et il se pourrait bien que la propriété d’usage universelle soit un moyen d’entrer dans un monde plus durable.

3 commentaires sur « Capital et potentiel de travail »

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