
Livre II – Le système de propriété d’usage
Partie 2 – Vers une proposition libérale égalitaire
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Nous avons vu qu’il était possible de devenir gratuitement propriétaire privé d’un outil de production, tant qu’on le mobilisait, qu’il était possible dans le cas des PUMO, d’écouler sa production sur le marché, que les caisses économiques pouvaient subventionner les outils de production socialement définis comme favorables par les acteurs de la démocratie. Chaque travailleur est donc rémunéré pour son travail, et perçoit un traitement qui correspond à la richesse que la propriété privée de son outil de production lui a permis de créer. Il peut dépenser à son tour cet argent sur le marché, ou pour payer le coût d’usage des PUMA dont il est copropriétaire. La monnaie qui lui permet de réaliser ces transactions n’est pas marquée, elle n’est réservée à aucun usage particulier : c’est la monnaie non marquée.
Imaginons que la société veuille orienter sa production en favorisant des branches de l’économie définies socialement, par exemple selon des critères favorables à la survie de l’espèce humaine ; qu’elle veuille s’assurer que chacun ait bien accès aux soins élémentaires, à une nourriture saine, respectueuse de l’environnement et des travailleurs. Pour cela, elle peut, en plus d’avoir cessé de subventionner les entreprises défavorables, distribuer de la monnaie marquée. Cette monnaie sera dépensable uniquement auprès de professionnels conventionnés : voici une excellente idée de M. Bernard Friot. La mesure, si simple que personne n’y avait pensé, permet d’assurer l’accès à des biens ou services dont l’intérêt a été retenu comme prioritaire par le corps social. Ainsi, des PUMO peuvent demander à être conventionnées, et vendre leur marchandise en monnaie marquée. Les lois du conventionnement, qui donnent un avantage aux propriétaires en leur assurant de vendre facilement leur production, seront définies par le respect d’un cahier des charges socialement élaboré. Ce système existe déjà, mais il est orienté uniquement dans le secteur de la santé. Il passe par un système de facturation lourd et complexe, peu efficace au final. Chaque français porte une carte vitale, qui lui donne accès aux soins médicaux, aux médicaments payés en monnaie marquée. Mais pour que la carte vitale devienne un objet efficace et pédagogique, elle doit fonctionner comme n’importe quelle carte de paiement. L’utilisateur doit savoir combien il paye avec, et l’insérer dans un lecteur qui lui indique la somme socialisée que la société lui permet de dépenser. Mais ce n’est pas tout, nous pouvons étendre son rayon d’action à d’autres produits, et prioritairement à l’alimentation. Ainsi doté, l’usager lambda pourra acheter sa nourriture auprès de professionnels conventionnés, et régler le paiement avec sa carte vitale.
Une telle initiative bouleverse les rapports de production, puisqu’elle incite fortement les producteurs marginalisés par les puissances lucratives à passer en PUMO, en leur garantissant des revenus décents et de meilleures conditions de travail. La concurrence ainsi déployée contre les groupes lucratifs, incite leurs salariés à saluer leurs anciens maîtres pour transformer l’entreprise en PUMO. Au final, cette mesure simple et applicable demain matin, peut réduire à néant les dominations féodales d’un secteur donné, et former une première étape vers la propriété d’usage. De l’autre côté du miroir, les porteurs de cartes vitales, c’est-à-dire tous les citoyens majeurs, se voient dotés immédiatement d’une somme mensuelle dépensable auprès des professionnels conventionnés. Leurs revenus augmentés d’une somme qui échappe à la rente, constituent un premier outil égalitaire, une première ouverture vers l’émancipation.

Mais d’où vient la monnaie marquée ? Rien d’original, elle vient des cotisations prélevées sur le travail, comme c’est déjà le cas en France. La France a socialisé pour 661,3 milliards d’euros en 2020 dans son assurance sociale pour un PIB de 2 148,8 milliards d’euros[1], qui explique le taux de prélèvement supérieur à la moyenne. Cet argent ne vient d’aucun impôt, mais des cotisations prélevées sur les salaires : c’est donc la part socialisée du salaire des Français. Pour les mêmes fonctions, les États moins fortement hybridés, comme les États-Unis, on recourt à l’assurance privée lucrative qui, parce que la rente ne sort pas du néant et que la rente est la raison d’être des propriétés lucratives, coûte plus cher à ses utilisateurs à service égal. Une autre différence, c’est le conditionnement à l’accès au service : égalitaire en France ; indexé sur les revenus de l’autre côté de l’atlantique, donc inégalitaire : je suis riche, donc bien assuré, je suis pauvre, donc mal assuré. J’ai suffisamment insisté sur l’origine artificielle de la pauvreté, basée essentiellement sur l’expropriation par l’effet boule de neige de la délégation de l’usage, pour qu’on ne puisse plus parler de mérite dans le système lucratif : mythe démontable par un enfant et pourtant fondateur de l’Amérique.
Cette parenthèse chiffrée montre que le recours à la cotisation/subvention, en supprimant la rente, procède de la double action de rendre le monde plus égalitaire et d’assécher la capillarité qui enrichit les parasites de l’économie lucrative. Mais la monnaie marquée n’existe pas encore en tant que monnaie chiffrée, stockée sur un compte personnel. Les dépenses sont actuellement avancées, ou remboursées après coup à l’utilisateur de la carte vitale, là où la monnaie marquée fonctionnerait comme un compte bancaire traditionnel, avec une somme dépensable uniquement dans les commerces conventionnés. Avec ce système, les monnaies locales perdent leur intérêt, car leur émanation présente n’est qu’une tentative faible de résister aux puissances lucratives mondialisées, contre lesquelles le citoyen local se trouve démuni. Dans un monde de propriété d’usage, elles ont très peu d’intérêt, puisque l’échelle d’action y est l’échelle de l’institution, qu’on trouvera généralement à la taille de l’État, et que l’État aura sa monnaie nationale. Les acteurs de la démocratie décideront du montant mensuel de cette monnaie marquée qui remboursera les producteurs à l’euro près de leur travail production. La monnaie marquée permettra de sortir de la marginalité les producteurs oppressés de tous les bouts par la rente féodale, les récompensera de leur travail désigné socialement. Elle permettra de réaliser une transition douce vers la propriété d’usage universelle tout en orientant politiquement la production dans une direction désirée par la société.
Notes
[1] Insee, pour l’assurance sociale : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5387893, et pour le PIB : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830613#figure1_radio2.
[…] travail des machines a accéléré deux choses : la récolte de la rente et l’épuisement du potentiel de travail de…
[…] définitivement : l’économie lucrative est structurellement improductive. Elle détruit du potentiel de travail, l’environnement, asservit les véritables producteurs de richesse.…
[…] sert particulièrement les dominants. Elle entretient contre les citoyens majoritaires un système néoféodal à bout de souffle. La loi…
[…] a pas besoin de sortir d’une grande école pour se rendre compte de tous ses intérêts. De plus, elle…
[…] se confirment des hypothèses que j’énonce depuis longtemps, à savoir que le capitalisme n’existe pas sans la socialisation des…