La généralisation de la propriété d’usage

Livre II – Le système de propriété d’usage

Partie 2 – Vers une proposition libérale égalitaire


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Résumons : la loi de l’usage empêchera la délégation du travail à un tiers (locataire), et rendra impossible l’accumulation lucrative de la propriété, donc l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Contrairement au mode lucratif dont les couches supérieures aspirent du travail par capillarité tout en laissant croire au mythe du « self made man[1] », la loi de l’usage permettra de reverser complétement la richesse produite au travail, sans rente facturée au travailleur, loin du surtravail. Elle permettra de produire moins sans détruire les travailleurs, d’amortir le choc de la fin des énergies fossiles en réalisant une véritable transition. La disparition pure et simple de la propriété lucrative nous oblige à repenser les échanges sociaux de la division du travail. Elle bouleverse la finalité de la mobilisation dans les tâches, le rapport à l’utilité sociale, aux besoins et aux désirs, aux biens matériels, aux services, la répartition de la richesse, les échanges humains : au travail. Rien n’échappe à ce changement de paradigme, comme rien n’échappait au paradigme de la propriété lucrative. La propriété d’usage universelle ouvre un monde profusément différent et opposé au monde hybridé. Sans elle, inutile d’essayer de sortir l’humanité de la suicidaire destruction du vivant, malheureusement réelle et présente. On ne résoudra pas la crise écologique majeure dans laquelle nous sommes plongés avec les recettes qui l’ont provoquée. S’obstiner à poursuivre un modèle qui n’atteint pas un objectif vous éloigne de cet objectif. S’obstiner dans la croissance verte, la croyance en l’infinité des ressources a consisté simplement à nier le réel.

Si la propriété d’usage réussira là où le régime hybride a échoué, c’est parce qu’elle porte en elle des règles de bon sens. Le rapport Homme/Nature, y diffère déjà par le remplacement de la source lucrative de l’entreprise « rente (domination/exploitation) » par la source « besoin/application »

Énonçons-en quelques préceptes concrets à ce stade de l’exposé :

  • Tout travailleur est propriétaire privé de l’outil de production qu’il mobilise à la hauteur du travail fourni. Il a pour charge d’organiser la production, de fournir le travail abstrait et concret, et de valoriser la propriété.
  • Un travailleur à l’obligation d’user lui-même de la propriété qui lui a été payée par la société. Il ne peut en déléguer l’usage, ni en tirer une rente sur le travail d’autrui.
  • Il ne peut la transmettre à ses héritiers, et doit mettre fin à sa concession lorsqu’il cesse de la mobiliser, c’est-à-dire la rendre en héritage au reste de la société pour que son capital soit réinvesti dans l’activité économique.
  • Le travail est rémunéré pour la totalité de la valeur échangeable des productions : directement sous forme de traitement, indirectement sous forme de gratuité.
  • Le financement par cotisation/subvention remplace le système d’avance (crédit bancaire lucratif et marchés financiers (titrisation)).
  • L’État, s’il passe des commandes de productions aux fonctionnaires, laisse la liberté à ces derniers de gérer l’outil de production, car ils en ont l’usage.
  • Les caisses économiques collectent la cotisation, subventionnent la création de nouveaux outils de production. Elles sont contrôlées par des travailleurs, des élus, et des citoyens, le plus localement possible.
  • L’impôt progressif disparaît, il n’a plus de sens, puisque les revenus se limitent naturellement à la quantité de propriété d’usage qu’une personne peut exploiter de ses moyens physiques propres, sans déléguer l’usage.

Nous pourrions penser que dans un mode de propriété d’usage, de talentueux entrepreneurs puissent s’arranger pour augmenter seuls leur propriété et s’enrichir comme on le faisait au temps révolu du capitalisme. Mais je répète qu’il y a une limite qui possède une réelle naturalité : c’est la limite du travail humain. Vu qu’avec la propriété d’usage, il faut user, donc travailler pour se rendre propriétaire, il va de soi que la limite de la propriété sera fixée par la capacité de travail de chacun. Autrement dit, plus on voudra posséder, plus il faudra travailler longtemps et dur, si bien que la quantité de propriété d’usage mobilisée par un travailleur se régulera automatiquement par sa capacité de travail. L’accumulation capitaliste deviendra impossible par l’obligation de travailler dans toute sa propriété, et l’impossibilité d’en déléguer l’usage. Cela ne signifie pas qu’on aura intérêt à travailler le moins possible. Au contraire, le propriétaire aura tout avantage à travailler sa propriété pour qu’elle lui procure la richesse nécessaire à sa reproduction matérielle.

La réponse se trouve dans un mode d’organisation. Nous allons étudier différents modes de propriété d’usage. Selon les cas, nous adopterons une des configurations proposées, mais la règle d’or, c’est l’incitation pour les travailleurs comme les usagers de constituer des mutualités, afin de récolter l’avantage procuré par la mise en commun du travail : l’aubaine. Le mode de propriété d’usage universelle, en plus d’ériger la propriété en droit parmi les droits, responsabilise les travailleurs, cesse enfin le rabaissement des salariés en les rendant acteurs et maîtres du travail abstrait.


Notes

[1] Dans le mode lucratif, le self made man n’est qu’un détourneur de travail qui a réussi. Sa richesse est basée entièrement sur le travail des autres, sur une arnaque millénaire, que l’institution lucrative rend possible et légale.

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