
Livre II – Le système de propriété d’usage
Partie 2 – Vers une proposition libérale égalitaire
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Voici le temps désormais d’éclaircir le point relatif et sensible de l’investissement. Dans un monde ricardien, puis keynésien, l’investissement est considéré comme un outil de reproduction et de multiplication des profits futurs. Nous avons un véritable problème avec cette vision dans le mode de production non lucratif, car nous connaissons la motivation première, la condition existentielle des entreprises lucratives : la rente. La marge d’investissement interne d’une entreprise peut correspondre simplement au prix de vente de la production retiré de tous les coûts. Pour l’accroître, nous pouvons injecter de l’argent d’une manière ou d’une autre. Dans la propriété d’usage, la subvention jouera ce rôle, pendant que dans la propriété lucrative, c’est le système d’avance qui s’en charge par l’émission de monnaie à découvert, au prix de nouvelles dominations.
Dans un monde lucratif, la marge interne d’investissement est mathématiquement réduite par le coût du capital en rente, qui doit être moins élevé que le surtravail prélevé sur les salaires des locataires. Le propriétaire lucratif devant financer l’usure ou le remplacement des outils de production soumis à la location, pourrait désirer se passer du système d’avance, car ce dernier le rend locataire à son tour, dans la pure logique de la chaîne de domination. Pour cela, il doit nécessairement vendre au-delà de son coût de production pour se constituer une marge d’investissement interne. Seulement, dans un monde concurrentiel où les concurrents utilisent l’effet de levier du système d’avance, il n’a aucune chance de rivaliser eux. Aussi, plus il déléguera l’usage d’une grande quantité de propriété lucrative, plus sa rente croîtra, au prix de devenir locataire de l’argent de l’investissement, donc dominé d’une certaine manière. Nous savions que la rente était le moteur de la croissance. C’est la raison pour laquelle le propriétaire lucratif préfère généralement louer de l’argent pour investir, car la rente à tirer du surtravail de cette nouvelle location est habituellement supérieure au coût de l’argent. La valeur échangeable à l’origine de la production se constituant essentiellement du travail du locataire de l’outil de production, le système d’avance fonctionne comme un multiplicateur de domination en prélevant une deuxième part de surtravail sur le dos du salarié, lui donnant non pas un maître, mais autant de maîtres qu’il y a de propriétaires lucratifs au-dessus de sa position dans la chaîne de domination[1].
Dans un monde keynésien, donc lucratif, l’investissement des entreprises est essentiellement financé par l’emprunt ou la part socialisée de l’État hybride. Il est régulé par des politiques publiques d’injections de monnaie et de variation des taux d’imposition. Dans tous les cas, notons que le propriétaire lucratif bénéficie d’un surtravail gratuit de par son statut millénaire de dominant féodal. L’investissement mène à l’augmentation de la production, du revenu puis de la consommation des ménages, de l’épargne et de la socialisation via l’impôt. L’investisseur et l’épargnant lucratif se payent l’un sur l’autre en surtravail, schizophrènes, et engraissent le système d’avance non pas avec leur propre travail, mais avec le surtravail des locataires de la propriété lucrative. Ce cirque infernal n’est finalement qu’un prétexte pour transférer de la richesse, et arpenter la chaîne de domination. Il mène à ce que nous savons : une surproduction nécessairement détruite par la consommation de masse, et l’émission de sous-produits indésirables issus de la transformation des ressources naturelles gratuites. Un monde avec toujours plus de pauvres, et toujours moins de riches. Un monde dans lequel notre capital le plus précieux : celui des ressources naturelles gratuites s’érode trop vite : voici une conséquence structurelle de la propriété lucrative.
« Il faut bien vivre ! », « On ne peut pas faire autrement ! », « Nous luttons contre le chômage ! » s’applaudiront les publicitaires de ce monde. Mais doit-on enrichir les propriétaires lucratifs pour arriver à nos fins, pour satisfaire la reproduction matérielle et assurer la prospérité d’une Nation ? Est-ce une loi cosmique ? Nous savons avec le recul combien la baisse de la demande engendre du chômage dans le système lucratif, car l’anxiété du système d’avance, couplée à la crainte irraisonnée de n’être plus rentable et déclassé, démotivent l’investissement et aggravent la situation de l’emploi. Seul l’État hybride et sa part socialisée peuvent ralentir la désescalade du marché lucratif : d’où l’interventionnisme keynésien : les politiques de relance contracycliques, ressorties du tiroir pendant la crise sanitaire de 2020. La question n’est pas de juger les solutions de Keynes, mais d’insister sur un principe simple : on ne corrige pas un système instable et vérolé : on le change. Lutter contre les défauts structurels du mode de production lucratif ne peut redonner du travail à tous, ne peut nous sortir de l’impasse écologique et anthropologique. Faut-il répéter combien la régulation du système lucratif maintient en vie tous ses défauts, masque les symptômes sans guérir la maladie ? Le système lucratif a besoin de marchés nouveaux, d’expansion, car la rente y motorise l’entreprise, et la simple usure de la consommation courante ne satisfait pas l’appétit des propriétaires lucratifs. En réalité, la féodalité conditionne toute la production lucrative, et ce système ajuste toutes les autres variables pour ce but de favoriser toujours la rente. Il se démène pour maintenir les dominations dans le temps, comme les monarchies ont résisté jusqu’à un certain point aux assauts du peuple. La vision keynésienne ne classe pas les rentiers dans la catégorie des parasites, et naturalise le principe féodal comme on naturalisait jadis la noblesse ou le clergé. Nous pourrions en dire autant des prix Nobel d’économie contemporains qui, dans la lignée classique et néoclassique, honnêtes à propos de leur vision rétrograde de l’ordre social, acceptent profondément la domination féodale comme on acceptait le royalisme, le paternalisme ou la misogynie dans l’ancien monde.
La corrélation entre épargne et investissement se base entièrement sur le désir profond des propriétaires lucratifs de décupler leur productivité, c’est-à-dire d’essayer de récupérer beaucoup de rente avec le moins possible de travail. Cette quête n’aurait rien de déshonorable si elle améliorait le quotidien de millions de personnes, mais le principe de la finitude de l’économie et des vases communicants nous indique le contraire. La recherche du profit par l’entreprise comme par l’épargnant, reste une quête de domination réservée au mode de propriété lucratif. Les excès de revenu de certains salariés (sûrement pas les locataires terminaux), seront placés en épargne, car l’épargne est la simple différence entre le revenu et la consommation. Les épargnants, tout en restant salariés, donc locataires, deviendront propriétaires lucratifs intermédiaires en voulant tirer une rente de leurs placements. Ils financeront l’investissement selon le principe keynésien épargne = investissement, et attendront une rémunération pour cela. Ils ne pourront anthropologiquement suivre le même désir dans un monde d’usage, car les règles de l’investissement y seront différentes.
Dans le système d’usage, l’investissement n’est plus stimulé par la rente, mais simplement par le besoin de prospérité sociale. Ici, le travail n’est plus volé, il paye le travailleur pour ce qu’il a travaillé socialement. Le coût du capital étant socialisé, et les rentiers disparus, l’argent économisé retourne à la production ou aux traitements dans des proportions votées par les travailleurs propriétaires. La demande se voit ainsi entretenue non pas d’après une recherche féodale de domination, mais par la satisfaction de besoins fondamentaux moins expansifs par nature. Ainsi, l’investissement appelé par ces besoins fondamentaux et par la volonté de prospérité sociale, se finance, non pas avec un système d’avance risqué et parasitaire, mais grâce aux cotisations reversées intégralement en subventions. L’organisme collecteur, contrairement à une banque de crédit, ne prélève aucun surtravail, n’émet pas de monnaie à découvert, et réinjecte sans détournement la totalité de la valeur travail socialisée dans le renouvellement des outils de production. Il subventionne des productions gratuites socialement définies. L’investissement étant réalisé par la subvention, dote immédiatement le travailleur d’un outil productif gratuit, dont le coût est prélevé en temps réel sur les traitements des autres travailleurs. Qu’il soit jeune, vieux, riche ou mal né ne change rien à ce droit inaliénable, égalitaire, à la possibilité d’accéder facilement à l’outil de production, quand c’est un calvaire injuste et méprisant pour les jeunes, les personnes fragiles ou les déshérités dans la propriété lucrative.
Notes
[1] Pour rester cohérent, nous considérons la rente uniquement portée par le travailleur, et non le client, même si cela ne change rien puisqu’un prix trop élevé appelle aussi du surtravail de la part du client. Aussi, la rente comptant dans les coûts de production, réduit mathématiquement la capacité d’investissement de toutes les entreprises lucratives, et agit comme une fuite de la valeur.
[…] travail des machines a accéléré deux choses : la récolte de la rente et l’épuisement du potentiel de travail de…
[…] définitivement : l’économie lucrative est structurellement improductive. Elle détruit du potentiel de travail, l’environnement, asservit les véritables producteurs de richesse.…
[…] sert particulièrement les dominants. Elle entretient contre les citoyens majoritaires un système néoféodal à bout de souffle. La loi…
[…] a pas besoin de sortir d’une grande école pour se rendre compte de tous ses intérêts. De plus, elle…

[…] se confirment des hypothèses que j’énonce depuis longtemps, à savoir que le capitalisme n’existe pas sans la socialisation des…