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Le système d’avance à crédit, la monnaie

Livre II – Le système de propriété d’usage

Partie 2 – Vers une proposition libérale égalitaire



Le système d’avance à crédit est à l’économie ce que le défunt pont Morandi de Gênes était au génie civil : un édifice instable, dont le coût d’entretien dépasse le coût de son remplacement, et conçu d’une telle façon que la rupture d’un élément structurel provoque un effondrement en cascade[1].

Le crédit tient d’une avance de valeur sur la production future : sa forme purement fiduciaire, inclut le principe incertain que la production future aura bien lieu.

Il inclut dans son essence des effets dominos, de leviers incontrôlables. Il produit du capital fictif et se base sur l’émission de monnaie à découvert en partant du principe osé que les agents économiques auront à tout moment un comportement rationnel et prévisible.

Toute personne lucide sait combien il semble hasardeux de prétendre maîtriser le futur, sait combien cette ambitieuse supposition en restera toujours une, sait combien l’avenir peut réserver de multiples surprises. Une augmentation soudaine du prix de l’énergie, un virus, une mauvaise récolte, le réveil d’un volcan, un tsunami, une tempête solaire, un scandale d’État, une rupture d’approvisionnement inattendue, une sécheresse, un fou au pouvoir : et la banqueroute pointe son nez. Du fait de son décalage temporel, tout crédit se voit soumis aux aléas du futur. Ce risque, le propriétaire lucratif le chiffre et le monétise, en inventant l’artifice de l’assurance pour lui-même. Car le débiteur portera seul le coût du risque, et devra s’acquitter d’une assurance obligatoire, même si tout se passe pour le mieux.

Cette incroyable doctrine qui perdure dans sa splendeur ridicule, oublie combien sans boule de cristal, les paris sur le futur comportent un risque que l’on facture nécessairement, et qui peut parfois nous mener au tapis. Le recours à l’assurance moderne, qui couvrait au départ le risque de naufrage des bateaux partis à « l’aventure » sur les mers du monde, fut généralisé à la finance. Cela ajouta logiquement un coût supplémentaire à la rente exigée lors du remboursement, sorte de cerise sur le gâteau de la propriété lucrative de l’argent. Les parasites de l’avance financière travaillant tout de même au sens ricardien du terme, veulent un revenu sur la valeur qu’ils échangent par leur travail abstrait. On ne peut pas leur reprocher, et ce n’est pas l’idée de les payer qui est remise en cause ici, mais de s’en passer. Les règles de la valeur restent donc inviolées. L’artifice de la dette, qui impose aux individus un besoin d’argent présent à rembourser dans le futur, est tellement institutionnalisé que sa disparition en devient difficilement concevable.

Pourtant, le système d’avance constitue une manière toute particulière de considérer le financement d’un investissement, ou d’augmenter le capital mobilisable d’un pays. Rien d’absolu ni de naturel ne vient justifier le besoin de recourir à ce type de solution non résiliente, puisque la propriété d’usage universelle s’en passe. Car on vous affirmera qu’« il faut bien se financer quand on n’a pas l’argent pour démarrer une activité ! ». Oui, dans la propriété lucrative, il faut un capital lié à l’individu pour se lancer, et lorsqu’on ne le possède pas, on loue un capital fictif à une banque lucrative qui avance la valeur d’un travail à produire dans le futur. Seulement, pour toutes les raisons qui seront évoquées dans ce chapitre, l’avance lucrative n’existe pas dans la propriété d’usage, et le financement de l’outil de production est assuré par le système de cotisation/subvention. Il fonctionne en temps réel, ne crée pas de capital fictif, de monnaie imaginaire, et élimine les lois féodales. Car la propriété lucrative, en empilant les crédits sur les épaules de l’entrepreneur, et sous prétexte de libéralisme, asservit les agents économiques d’une rente féodale, là où la propriété d’usage, en socialisant le financement de l’outil de production, libère le travailleur du servage. Bien sûr, comme rien n’est gratuit, le travailleur cotisera pour financer d’autres propriétés. Dans ce processus, il n’y a aucune rente, aucun détournement de valeur : il ne peut plus y avoir d’accumulation primitive, ce qui opère à une réduction mécanique des inégalités. On ne peut reprocher au système d’avance d’avoir essayé de répondre à un besoin de financer les agents déficitaires avec les ressources des agents en surcapacité, via le crédit et l’émission de titres, mais la propriété d’usage répond à ce besoin universel de doter les agents économiques d’un capital permettant d’accéder à l’outil de production. Là où elle dépasse le système d’avance à crédit, c’est dans sa capacité à répondre au besoin d’avancer du capital sans plonger le bénéficiaire dans le servage, sans le soumettre aux desiderata d’un État central. Ainsi, le travailleur devient propriétaire privé d’usage d’un outil de travail dont le financement a été socialisé en amont, et se libère des chaînes que nous allons découvrir. Il est sorti de la logique d’une dette à rembourser, mais cotisera sa vie entière pour financer les outils de production des autres travailleurs qui, comme lui, n’ont pas les ressources propres pour investir directement. Aussi, lorsqu’il cessera de mobiliser son outil de production, il le rendra à la société pour qu’un autre travailleur puisse le mobiliser à son tour.

Voyons maintenant pourquoi le crédit, en plus d’alimenter les inégalités, est un système dangereux. À l’émission d’un crédit, la banque crée autant de monnaie que la valeur du crédit. La somme prêtée, ou plus exactement « louée » se dilue dans l’économie, circule lors de son investissement. Reste ensuite à la rembourser, et par la même occasion, détruire la suroffre temporaire de monnaie. Le capitaliste n’étant pas d’un genre philanthrope, exige des remboursements supérieurs à la simple division de la somme avancée par le nombre de mois du crédit. En plus des frais administratifs et du salaire des banquiers, il ajoute sa rente féodale calculée au grand désavantage du client, tenu par le rapport de chantage monopolistique de l’accès à l’argent. La ponction d’une partie de la richesse générée par le travail du locataire de l’argent — et non le travail de l’argent, comme on l’entend trop souvent — financera la rente que l’investissement a permis. Cette forme de création monétaire, en réalité, accroît la proportion des locations sur la société, pour la raison que l’argent des boucles du crédit est soumis aux règles du système d’avance. Chaque fois que l’on émet de la monnaie de cette manière, l’emprise du système lucratif s’étend, et avec lui, la logique féodale de transfert de richesse s’accroît. La monnaie des dettes est une monnaie de domination.

Prenons un exemple historique : en 1640, les orfèvres londoniens récupéraient une part de l’or sorti de la Tour de Londres en réaction aux saisies autoritaires du roi Charles Ier, et déposé en sécurité dans les orfèvreries par les propriétaires du métal précieux[2]. Les orfèvres émettaient des certificats permettant de récupérer les dépôts « à vue ». Observant que le stock de métal ne diminuait jamais en dessous d’un certain seuil, il leur était techniquement possible d’émettre des certificats en échange d’un titre de dette, à condition de ne pas descendre en dessous des réserves réclamées, et en supposant que les porteurs de certificats ne viendraient pas simultanément récupérer leur métal. Mus par la quête mercantile de la rente, nos orfèvres prirent ce risque pour s’enrichir en louant de l’argent, donc en volant du surtravail. Cette décision donnait une ubiquité aux dépôts, simultanément dans le coffre de l’orfèvre et en circulation temporaire (le temps du crédit) à l’extérieur de l’orfèvrerie. Autrement dit, il y avait plus de certificats échangeables contre de l’or que de métal dans le coffre. Évidemment, cette ubiquité ajoutait de la monnaie en circulation à la masse monétaire courante, et une volonté simultanée des porteurs de certificats de récupérer leurs dépôts aurait mis nos faussaires sur la paille. On appelle ce principe : l’émission à découvert, car la masse monétaire nouvelle n’est matérialisée dans aucun coffre, et on ne peut la retirer d’aucun guichet : elle est purement scripturale, platonicienne. Les dépôts à vue retirables par les déposants sont dans notre exemple : le métal sonnant et trébuchant, et rien de plus. Les certificats échangés contre des titres de dettes ne créent pas d’or, et l’orfèvre ne peut pas sortir plus d’or que son coffre ne contient de pièces, de poudre, de pépites ou de lingots.

L’émission à découvert est le fonctionnement officiel et légal de toute banque de dépôt aujourd’hui : prêter l’argent des déposants pour collecter du surtravail, abuser d’une situation de monopole féodal basée sur le postulat qu’une concordance de la volonté de tous les déposants de retirer leurs dépôts en même temps n’arrivera jamais. C’est pourtant le scenario classique des crises, le réflexe universel du déposant inquiet : se ruer vers le guichet le plus proche, et retirer tout ce qu’il est possible de retirer. La prise de conscience est douloureuse lorsqu’on élucide le mystère de l’ubiquité des dépôts, lorsqu’on constate que l’argent du système d’avance à crédit était finalement une monnaie de singe, de la poudre d’escampette, et que les très sérieux, les très respectables établissements bancaires ont joué au casino avec les dépôts des travailleurs, c’est-à-dire avec la marchandise monnaie du travail des déposants. L’effet de levier du crédit fait partie des plus grands dangers du régime hybride, car il tient les peuples en servitude, et les somme d’exécuter toutes sortes d’actions absurdes et insensées, tout en leur facturant la totalité des risques. Si l’adage « les crédits font les dépôts » correspond à une réalité scripturale, une banque de crédit sans déposants perd le jouet de sa domination féodale ; la vérité se trouve donc dans l’adage inverse : « les dépôts font les crédits », auquel nous pourrions ajouter : « si tout va bien ».

Plus les banques donnent une ubiquité à une part importante des dépôts en accordant des prêts, plus augmente le multiplicateur monétaire du crédit[3], plus le système devient risqué et lucratif. En cas de crise, la part socialisée du régime hybride, refoulée et décriée en temps de prospérité, redevient désirable aux yeux des néolibéraux. Deux décisions à la hauteur de la violence du système d’avance sont prises : 1° Interdire l’accès aux guichets : donc supprimer le service le plus élémentaire attendu d’un client d’une banque de pouvoir convertir ses dépôts à vue en numéraire. 2° Socialiser les pertes. Prêter en dernier recours, puis faire payer l’addition par une augmentation des taxes et impositions, et ainsi faire peser l’irresponsabilité de quelques acteurs sur les épaules de tous les travailleurs. Il y a une raison toute simple pour laquelle l’État appliquera le darwinisme inversé aux banques lucratives en déroute : ce sont elles qui fournissent les moyens de paiement à toute la société. Comme toujours, le système lucratif récompense le mercantilisme et taxe le travail. Il fait reposer les risques et les coûts de l’investissement sur le dos de ceux qui mobilisent concrètement la propriété, les incarcère dans une logique féodale qui, même si elle a remplacé d’anciens maîtres par de nouveaux au fil des siècles, ne s’est jamais s’acquittée du principe de servage[4].

Nous avons vu comment la monnaie se créait pour alimenter l’investissement dans l’économie lucrative. Elle n’est qu’une succession de gages sur l’argent des déposants, et nécessite que ces derniers ne retirent pas tout leur argent en même temps. Ce qui arrive lors d’une crise de liquidité, c’est justement cela : un retrait massif et coordonné des dépôts, qui vient briser la cascade de gages successifs sur l’émission à découvert, et tarir la source du système d’avance. Ainsi, les agents économiques se retrouvent dans la situation de ne plus pouvoir investir, emprunter, et la quantité de monnaie en circulation diminue drastiquement. La banque centrale joue alors son rôle politique de pompier, de défenseur du système féodal en arrosant les marchés de liquidités ; mais tout le monde sait qu’une maison submergée par les canons à eau est partiellement détruite. Le cours de la monnaie se trouve inéluctablement faussé, ce qui la décorrèle temporairement de la valeur travail à laquelle nous souhaitons la raccrocher, et provoque une instabilité des prix, et aggrave la crise.

Comme le système lucratif se finance en utilisant l’ubiquité des dépôts, il semble évident qu’il ne peut survivre sans l’émission à découvert, et que l’activité économique cesse avec le tremblement du système d’avance à crédit. Nous venons de prouver que la propriété lucrative ne sait pas investir sans mettre les agents économiques en servage, car elle ne prévoit aucune alternative aux crédits, aux dettes, ou aux marchés lucratifs pour financer un outil de travail, là où le système d’usage finance la propriété des outils de production sur un modèle totalement différent. La monnaie du système d’avance est instable, et sa forme de création ajoute une domination supplémentaire à un mode économique déjà largement féodal. Faire de la confiance aveugle un facteur fondamental de la stabilité du système monétaire revient à construire une tour sans étudier le sol au préalable. Même si le succès touristique autour du campanile de Pise découle de l’incompétence de ses maçons, nous serions sages de ne pas reproduire ce genre d’erreur. Évidemment qu’un agent économique qui sent poindre la trahison fera tout ce qui est en sa possibilité pour éviter de perdre son argent confié au système d’avance, y compris si son action individuelle va contre l’intérêt général : il voudra juste sauver sa peau. Pour cette première raison, nous revenons à notre cher pont Morandi de Gênes, transformé en un enchevêtrement de gravats, de sable et de poussière par la rupture d’un seul hauban.

Le taux d’intérêt va jouer un rôle sur la navigation dans les vagues de la domination. Il va convaincre l’agent économique épargnant de perdre une partie de la liquidité de la monnaie en sa possession, pour « investir », souvent acheter des titres de propriété lucrative, comme les actions par exemple[5]. Les positions bloquées pour un temps l’engagent à se soumettre aux aléas du futur, dont les conséquences peuvent plonger l’économie au bord de l’abîme, et obliger comme c’est devenu une tradition, la part socialiste du régime hybride à intervenir comme jamais elle ne le ferait pour un petit artisan, un modeste citoyen à qui on adressera la facture de la banqueroute. N’est-ce pas une quête mercantile dont l’humanité pourrait se passer de jouer aux paris, aux chaises musicales, de tirer les cartes sur un avenir qu’on ne pourra jamais prédire, ni par des équations probabilistes assistées par ordinateur, ni en lisant dans le marc de café[6] ? N’a-t-on aucun défi plus urgent, plus étique, que d’enrichir une clique de joueurs, sécurisés par la part socialiste de l’hybridation ?

Voyons maintenant un autre défaut structurel du système d’avance. Un organisme prêteur lucratif peut ponctionner des rentes à plusieurs personnes en même temps, sur un même projet. Par exemple, un logement peut être construit par une entreprise lucrative de promotion immobilière, qui s’endette auprès d’un organisme prêteur lucratif pour financer sa construction, à qui elle doit verser une rente r. Notre promoteur, s’il veut à son tour prélever une rente r’, paye alors d’une main la rente r, et s’en débarrasse en facturant de l’autre main r + r’ à l’acheteur du logement. L’acheteur n’ayant pas le capital, va à son tour quémander un crédit auprès du même organisme prêteur, et demander à emprunter la somme r + r’. Tout sourire, le prêteur lucratif lui facturera une rente r’’. Au total, non seulement un capital fictif s’est créé, puisque le crédit du promoteur court en même temps que le crédit de l’acheteur, doublant l’argent en circulation alors qu’il n’existe qu’une seule maison dans le monde réel, mais l’acheteur devra s’appauvrir des rentes r + r’ + r’’.

La boucle est bouclée ; le prêteur, propriétaire lucratif s’est enrichi ; le locataire appauvri de la somme exacte de la rente. Racontée par un capitaliste, cette histoire aura une tournure plus héroïque, mais souvenons-nous que dans le monde de la propriété lucrative, l’investissement oblige tout porteur d’initiative économique à louer de l’argent, y compris l’État. Cette location, injuste par la situation de monopole des banques, représente un poids improductif d’autant plus lourd qu’on est pauvre. Il va de soi que le prix de l’argent est inversement proportionnel au patrimoine du locataire. Autrement dit : les pauvres payent très cher leur argent. Il n’y a qu’à voir les conditions des microcrédits, des crédits renouvelables. Lorsqu’ils entrent dans une banque, c’est d’abord pour payer, rarement pour financer un projet d’entreprise. Les meilleures conditions d’emprunt restent réservées aux propriétaires lucratifs : ceux qui détiennent déjà les capitaux, généralement des héritiers. Les proies du capitalisme, faibles et nombreuses, sont les victimes de la location intégrale (salariat + logement loué + moyen de transport loué + crédit renouvelable) : elles n’accéderont jamais à la propriété lucrative. Même le petit propriétaire foncier, le petit cadre, si fier de louer à plus pauvre que lui, ne joue pas dans la cour des grands : il rembourse un crédit qui le rend de facto locataire à son tour. Certes, il augmente sa propriété lucrative, qu’il transmettra à ses descendants, aussi injustement qu’on transmettait ses titres de noblesse à l’époque féodale, mais le prix de ce patrimoine l’obligera à trimer sa vie entière pour rembourser l’argent loué. Voilà pourquoi les leviers de l’égalité sont la suppression de la propriété lucrative et des héritages associés.

Prétendre maîtriser le futur, ou ne pas le prétendre mais facturer à l’avance tous les risques imaginables, sont deux propositions irrecevables.

Le système d’avance à crédit se moque des générations prochaines : 1° En inscrivant dans le présent les potentiels évènements à venir, et en définissant leur prix, toujours faux. 2° En demandant à ceux qui n’étaient pas de ce monde lors de la contraction de la dette publique de participer à son remboursement, d’en payer des intérêts, donc de la rente. 3° En créant du capital fictif. 4° En demandant à toute nouvelle génération de repayer l’intégralité du coût du capital encore en circulation, et en facturant des droits féodaux à chaque tour.

Cette drôle de manière de considérer nos descendants, n’a cependant rien d’étonnant de la part d’un système de propriété lucrative qui nie toutes les finitudes, et dont l’activité principale consiste à reporter le fardeau de l’orgie du présent sur les générations futures dans tous les domaines, que ce soit à propos de l’écologie et du climat, de l’énergie ou de la finance. Dans le système d’usage, puisque les investissements sont financés par autre chose que du crédit, le processus des gages en cascade n’existe pas, il n’y a pas de capital fictif. Ainsi, l’offre de monnaie peut garder une stabilité plus grande, et empêcher les phénomènes inflationnistes, les grandes dépressions. Puisqu’il n’y a plus d’émission de monnaie à découvert, les déposants peuvent toujours se ruer au guichet s’ils le souhaitent, cela ne provoquera jamais un effondrement.

Nous allons prouver par la proposition alternative de financement par cotisation, pourquoi les banques de crédit sont une construction sociale tout à fait évitable, qu’il est d’ailleurs favorable de supprimer. Cela ne signifie pas la fin des banques, puisque la monnaie et le marché existent dans le système de propriété d’usage. Nous avons besoin de pouvoir stocker la part libre du traitement, c’est-à-dire le revenu qu’on tire du travail effectué : la monnaie non marquée, pour assurer les dépenses du quotidien, les achats de toutes les nécessités. Ce point important permet de comprendre qu’on reste libre, dans un système de propriété d’usage, de consommer la part de son traitement qui nous revient en dehors de la cotisation. Car le traitement se décompose en deux parts distinctes, comme c’est déjà le cas en France : d’une part dépensable en toute liberté sur le marché : la part libre, et d’une part différée : la part de cotisation. Les gratuités et la monnaie marquée correspondent à la part différée du salaire. La gratuité de l’outil de production, donc la socialisation de son financement (et non de sa propriété), annule le besoin du système d’avance féodal, ce sont donc les banques de crédit qui seront vouées à disparaître, et les banques de dépôt deviendront des propriétés mutuelles d’usage : à but non lucratif. Leur rôle principal sera de faciliter les transactions, de gérer les moyens de paiement, et de permettre aux travailleurs de déposer la monnaie qu’ils voudront.

Les travailleurs copropriétaires d’usage de la banque de dépôt, pourront déposer, épargner leur traitement sur des comptes d’une manière très classique. Malthus voyait déjà un remède à la misère dans la constitution des caisses d’épargne[7]. La possibilité de stocker un peu d’argent permet un minimum de prévoyance. Cette notion particulière consiste à offrir la capacité de reporter une action dans le futur par la force de l’épargne. La monnaie fiduciaire étant plus sûre que le bas de laine sous le matelas, et les modes de paiement sans papier monnaie ni pièces étant développés, il semble indispensable de conserver les banques de dépôt. Le simple besoin de stocker des liquidités entre les dates d’encaissement et de décaissement justifie à lui seul ce besoin. Leur bilan simple : actif = réserves = passif = dépôts, évitera la création de monnaie de domination : la monnaie de crédit, et les usagers étant propriétaires, la forme des propriétés bancaires sera logiquement de type PUMA.

Nous différencions ici l’épargne non lucrative de l’épargne lucrative pour la raison simple que l’épargne lucrative est antidémocratique, dans le sens où elle réserve les avantages de l’émission à découvert, donc de la création de monnaie, à certains acteurs ciblés dans la société, sans contrôle des citoyens. La recherche mercantile de l’investisseur comme du créancier aboutit à l’augmentation quantitative du surtravail des locataires pour alimenter les rentiers, aggravant les rapports de domination et modifiant de manière très peu réversible la répartition des rôles des agents économiques. Elle vole du travail abstrait aux travailleurs concrets. Encore une fois et sans surprise, nous retrouvons notre effet boule de neige d’une société libérale inégalitaire dans laquelle l’argent amène l’argent. Les fables d’Hollywood auront beau essayer de vendre du rêve en racontant l’ascension d’agents exceptionnels, des vies extraordinaires, il n’y a aucune possibilité mathématique de faire de tous les Américains des rentiers dans un système structurellement pyramidal. Proposition inverse : la rente agissant par transfert de richesse, les villas de rêve, les voyages en jet, les excès d’opulence sont invariablement payés par le détournement du surtravail des locataires : d’où la forme pyramidale.

Un autre effet de l’épargne lucrative et de son reflet en miroir : l’investissement, est d’augmenter la vitesse des procédés de production/consommation (fabrication/destruction) d’autant plus violemment que les taux de rente escomptés augmentent. C’est donc un résultat de l’économie lucrative avec système d’avance de vouloir accélérer tous les processus pour reproduire aussi souvent et aussi intensément que possible l’expérience de la rente, augmenter le facteur α par tous les moyens, croître, quitte à détruire rapidement le potentiel de travail contenu dans les ressources, donc émettre beaucoup de sous-produits indésirables. Ainsi, le réchauffement climatique imputable à nos émissions de gaz à effet de serre, illustre cette quête de rendement, qui érode à grande vitesse les potentiels de travail finis, les services gratuits de la Nature, son extrême transformation qu’on irait plus vite à nommer : pollution. Il serait intéressant de comparer l’évolution du volume de surtravail détourné avec la quantité de gaz à effet de serre émis au niveau mondial. Nos investisseurs auront beau essayer de se rattraper avec du greenwashing, utiliser des centrales solaires pour extraire du pétrole[8], ou électrifier les engins de mines[9], avec le modèle lucratif, nous courons vers l’impasse d’autant plus rapidement que le modèle extractif basé sur l’investissement rentier s’intensifie.

À titre de digression, précisons que le principe de l’épargne non lucrative doit à nouveau nous interpeller sur le point de l’héritage patrimonial direct (non socialisé) entre membres de la société. Si tant est qu’une personne épargne pour un héritier, et lui transmette l’argent épargné en héritage, cela ne nous pose aucun problème puisque non seulement l’argent transmis provient du travail du transmetteur, et non plus d’une expropriation lucrative par la rente féodale, le vol du surtravail mais aussi, parce que l’héritier recevra un capital dépensable en monnaie, et non un titre de propriété. Bien que ce phénomène permette dans une moindre mesure la poursuite de la recherche de la conservation clanique d’un avantage, il restera anecdotique en raison du travail à déployer effectivement pour rendre l’héritage conséquent. C’est bien l’exploitation lucrative par la rente féodale, le détournement de la propriété du travail humain par le surtravail, qui permet aujourd’hui aux héritiers de recevoir des propriétés indues, en quantité plus ou moins importante en fonction de leur position dans la chaîne de domination. Dans le cas de notre héritier, le transmetteur se sera différencié de ses contemporains par sa capacité à réduire sa consommation et déposer la monnaie non marquée de son traitement sur un compte bancaire. Il n’aura abusé personne pour arriver à ses fins, mais se sera sacrifié pour ses héritiers.

La disparition du crédit possède logiquement un effet sur l’offre de monnaie que nous allons étudier. Elle redonne à la banque centrale un contrôle direct et facile sur la monnaie en circulation, limitée à la somme des pièces et billets, additionnée des dépôts à vue des épargnants sur les comptes bancaires. Partant de ce principe acquis, et de l’impossibilité structurelle de créer du capital fictif, ni de multiplier la monnaie en circulation par du crédit ou l’émission de titres, nous pourrions commencer notre réflexion en définissant une quantité fixe d’unités monétaires en circulation, dont la valeur unitaire variera en fonction de la quantité totale de travail produit. Par exemple, nous pourrions définitivement doter la France d’une masse monétaire de 10 000 milliards de signes. Parlons de sa valeur.

La monnaie fiduciaire, c’est-à-dire doublement marchandise et valeur, porteuse du rapport social du travail échangeable, sera capable de se convertir en marchandise dans sa totalité[10]. Sa valeur unitaire correspondra donc à une quantité de travail humain échangeable contre une quantité équivalente de travail humain sous forme de marchandise ou de service. La monnaie vaudra donc du travail : elle portera sa valeur et servira de média pour l’échanger.

Dans notre supposition, la quantité de signes monétaires est fixe à tout instant. Seulement, la quantité de travail échangeable peut varier, et nous pouvons mesurer cette variation par le niveau de la production en marchandise et services que désirent échanger les producteurs. La valeur en travail échangeable contenu dans un signe peut donc évoluer en fonction des fluctuations du niveau de production. Selon notre logique, pour maintenir la quantité de monnaie fixe, le prix total de la production doit être égal à tout instant à la quantité de signes monétaires. Dans ces circonstances, le PIB dans sa définition classique devient une constante : il ne mesure plus rien. Prenons un exemple dans une microéconomie réduite à des producteurs de pommes. Imaginons que la production annuelle soit de 100 pommes, pour un prix unitaire d’1 euro la pomme, et que la quantité de monnaie en circulation soit de 100 signes monétaires. Le PIB se calcule alors ainsi : PIB = nb de pommes x prix d’une pomme, ou PIB = 100 x 1 € = 100 €. Il est égal à la quantité de signes monétaires qui est fixe. Imaginons que l’année suivante on cultive le double de pommiers, et qu’on produise 200 pommes. La quantité de monnaie étant constante, le prix des pommes doit se diviser par deux. Le PIB devient PIB = 200 x 0,5 € = 100 €. Le PIB n’est plus un outil de mesure, car il est toujours égal à la quantité de monnaie. Précisons que non seulement le prix des pommes a diminué de moitié, mais avec lui les salaires suivent le même destin, car l’augmentation du travail a rendu la monnaie deux fois plus rare. Le salaire suit en permanence le pouvoir d’achat, et bien qu’il baisse, le prix des marchandises baisse en proportion identique : le pouvoir d’achat reste le même. La variation du travail fait donc varier les prix nominaux, mais ne change rien aux prix réels : le pouvoir d’achat reste constant. La valeur du signe monétaire varie selon le rapport suivant :

Vu que cette dernière est entièrement liée à une distribution du travail, elle se dévaluerait seulement si tous les travailleurs cessaient de travailler, ce qui semble contraire au désir de survivre. À l’inverse, sa valeur ne pourrait enfler artificiellement, car le travail ne peut croire au-delà des limites humaines. La monnaie jouant le rôle de reconnaissance mutuelle de la valeur, de marchandise universelle pour échanger du travail humain, sa valeur se calcule simplement par la division de la somme du travail échangeable par la somme de signes monétaires en circulation. Un étalon des prix stable permet une mesure fiable de la valeur[11], mais nous voyons qu’avec une quantité fixe de monnaie, la valeur du signe monétaire ne peut pas rester constante dans une société en évolution. Ainsi, la valeur de la monnaie, c’est-à-dire la quantité de travail échangeable contenue dans une unité du signe monétaire, croît si le travail humain dépensé en production augmente. Par exemple, si 1000 heures de travail ont été fournies, et qu’il y a 1000 unités monétaires en circulation, alors la valeur de la monnaie est de 1 heure de travail échangeable par unité monétaire. Je peux échanger, acheter ou vendre l’équivalent d’une heure de travail socialement nécessaire avec une unité de monnaie. Si la quantité de travail humain échangeable double, passant à 2000 heures, alors la valeur d’une unité de signe monétaire double, contenant désormais 2 heures de travail. La valeur de la monnaie correspond au pouvoir d’achat de la monnaie. Elle varie avec la quantité de travail produit, donc la quantité de marchandises échangeables. Elle n’est plus perturbée par des injections de liquidités, des rachats de dettes, de la création monétaire, du crédit, et se réfère uniquement au travail socialement nécessaire. La fin des effets de levier, des achats, vente de dettes, de la spéculation sur les titres de propriétés lucratives en tous sens, rendra les dépôts plus sûrs[12], car personne ne jouera au casino avec l’argent des épargnants pour transférer de la richesse, et la monnaie retrouvera son origine noble de facilitateur des échanges économiques.

Mais nous avons cependant un problème avec la quantité fixe de monnaie. À nombre fixe de signes monétaires, la valeur de la monnaie est proportionnelle au travail échangeable fourni. Nous pouvons ainsi exprimer le prix des objets par les relations de proportionnalité qui les relient au travail. Nous savons aussi que la marchandise est le porte-fort de la cristallisation du travail, transformé en bien ou service échangeable. De là, nous pouvons conclure des équivalences entre travail, monnaie et marchandise. Par exemple, combien d’habits pour 20 mètres de toile, et pour combien de monnaie ? Seulement, la quantité fixe de monnaie possède un effet secondaire indésiré sur la valeur de l’épargne. Si la valeur de la monnaie varie avec la somme du travail fourni, alors, la valeur de l’épargne en travail échangeable varie aussi. Par exemple, si l’unité monétaire correspond à 1 heure de travail à l’instant t, et qu’elle évolue à 2 heures de travail à l’instant t+1, alors l’épargnant pourra échanger deux fois plus de travail avec son épargne. À l’inverse, lorsque l’unité monétaire décroît en valeur parce que la quantité totale de travail diminue, alors l’épargne se dévalorise avec. Ces évolutions de la valeur de l’épargne ne correspondant à aucun travail humain fourni par l’épargnant, nous ne pouvons les accepter. En plus d’être injustes, elles pousseront les épargnants à spéculer, à parier sur l’avenir, à raisonner en propriétaires lucratifs. Pour ces raisons, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette première proposition de quantité fixe de monnaie en circulation.

La quantité de signe monétaire doit suivre l’évolution quantitative du travail échangé. Ainsi, la valeur de l’épargne contient toujours la même quantité de travail échangeable, et le prix des objets peut rester fixe. Reprenons notre exemple des producteurs de pommes. La première année, la production est de 100 pommes, pour un prix unitaire d’1 euro la pomme, et la quantité de monnaie en circulation est de 100 signes monétaires. Le PIB se calcule toujours : PIB = nb de pommes x prix d’une pomme, ou PIB = 100 x 1 € = 100 €. L’année suivante on cultive le double de pommiers, et l’on produit 200 pommes. La quantité de monnaie pouvant suivre l’activité économique, le producteur peut maintenir son prix constant, le prix d’une pomme ne se divise plus par deux, et reste à 1 euro. Le PIB devient PIB = 200 x 1 € = 200 €. En toute logique, il faut doubler la masse monétaire pour que les transactions puissent se réaliser, mais nous avons supprimé l’émission à découvert. Voici qu’entre en scène le rôle de la banque centrale, le trésor ou hôtel des monnaies : ajuster la masse monétaire en circulation à l’intensité des échanges selon la théorie quantitative de la monnaie et son équation classique :

Dans notre exemple, il y a 200 transactions (1 par pomme), la vitesse de circulation est de 200 échanges par an, et le prix de chaque transaction de 1 €. La masse monétaire doit donc correspondre à 200 signes. En procédant ainsi, la masse monétaire suit l’activité économique, et permet de limiter l’érosion ou la création fictive du travail contenu dans un signe monétaire. Ne pouvant remonter à l’origine de la masse monétaire primitive, constituée au fil du temps par la transformation de la marchandise en signes dépourvus d’utilité directe, nous devons partir de la masse monétaire existante pour désenfler la suroffre de monnaie de l’émission à découvert en monnaie d’usage, soulagée des fins lucratives. Cette partie pouvant être solutionnée par des propositions techniques différentes, elle ne sera pas développée ici, et nous resterons donc sur le principe fondamental de l’élimination de la monnaie émise à découvert, véritable source de domination du système d’avance lucratif.

Précisons néanmoins que la monnaie est une institution qui s’appuie sur des conventions sociales et un travail idéologique d’acceptation dans la société humaine. En effet, l’abandon progressif de la convertibilité en métal précieux exprime une confiance des agents économiques dans le signe monétaire, au point d’oublier parfois le sens classique du travail de minage qui a constitué sa masse d’origine sur laquelle nos sociétés basent la richesse. En effet, l’origine de la monnaie tient toujours de l’extraction ou la transformation de la Nature gratuite[13], stockée en métal ou en signes. La quantité de base de monnaie (hors émission à découvert) correspond à la valeur échangeable du travail humain engagé dans le « minage » de la Nature, pas encore consommée, cristallisé en vue d’un échange futur. D’ailleurs, les cryptomonnaies utilisent aussi le principe du minage et la quantité de minerais finie comme donnée de base.

Les banques ne disparaîtront pas, voilà qui va en rassurer plus d’un. Mais la fin du crédit et de toutes les activités spéculatives ne signifie pas la fin du financement, ni le retour du soviétisme, car la propriété d’usage est une véritable troisième voie. Bien qu’il soit difficile de se détacher du confort de la récitation des mantras de la propriété lucrative, nous devons apprendre à les dépasser. J’ai conscience de demander beaucoup d’efforts au lecteur en chamboulant des idées ancrées profondément en chacun de nous depuis l’enfance, et j’ai dû moi-même me forcer à penser contre mes propres intuitions pour produire cet ouvrage. La critique étant la partie facile de l’exercice politique, nous allons désormais découvrir une solution au financement hors de la propriété lucrative, pour remplacer le système d’avance à crédit et les marchés financiers par la généralisation du financement par cotisation/subvention.


Notes

[1] Pour les curieux : https://www.iesf.fr/offres/doc_inline_src/752/IESF_Effondrement-Pont-Morandi-Genes.pdf.

[2] Pour plus de détails sur cette anecdote, voir Roland Marx, Banque, crédit et monnaie en Angleterre de 1640 à la fin du XVIIe siècle, (article), https://www.persee.fr/doc/xvii_0294-1953_1980_act_11_1_2169.

[3] L’offre de monnaie M, est égale à la somme des dépôts à vue D, et des pièces et billets en circulation C. M = D + C. Si on la divise par la base monétaire B, correspondant à la somme des réserves bancaires R, et des pièces et billets en circulation C, on obtient un coefficient multiplicateur m = M/B. Chaque euro de la base monétaire produira m euros de monnaie en circulation. Ce système compliqué et imprévisible disparaît avec la propriété d’usage.

[4] Plihon Dominique, La monnaie et ses mécanismes, Conclusion / qu’est-ce que la monnaie ? : « Le pouvoir de « battre monnaie » est ainsi passé successivement des mains de l’aristocratie féodale à celles des monarques avant d’être exercé par la bourgeoisie et l’État républicain. ».

[5] Profitons de l’occasion pour rappeler que lorsque les banques achètent des devises ou des titres sur le marché, elles créent aussi de la monnaie.

[6] Keynes, Théorie générale, LIV L’incitation à investir, Ch 12, VI : « Lorsque dans un pays le développement du capital devient le sous-produit de l’activité d’un casino, il risque de s’accomplir en des conditions défectueuses. ». Auquel nous ajoutons que les équations économiques ne peuvent percer le secret du désir ancré en chacun de nous, c’est-à-dire ne peuvent reproduire le comportement des agents économiques. Une bonne règle de trois détrône bien souvent des calculs probabilistes incroyablement compliqués.

[7] Malthus, Essai sur le principe de population : « Le grand objet des caisses d’épargne est de prévenir la misère et la dépendance des pauvres, en les mettant à même de pourvoir par eux-mêmes aux besoins que font naître des circonstances nouvelles. »

[8] https://www.energyandcapital.com/articles/solar-powered-oil-extraction-technology/74547

[9] https://www.newscientist.com/article/2290944-how-electrification-is-changing-mining/

[10] D’autant qu’on aura supprimé le phénomène d’ubiquité de la monnaie de crédit, ce qui permet aux déposants de venir tous simultanément s’ils le souhaitent pour récupérer leurs dépôts à vue sans faire courir de risque de faillite à la banque.

[11] Marx, Le capital, SI, Ch III. « L’étalon des prix remplit donc sa fonction d’autant mieux que l’unité de mesure et ses subdivisions sont moins sujettes au changement. ».

[12] La banque fédérale américaine pousse la plaisanterie jusqu’à rémunérer les banques pour qu’elles ne soient pas tentées de réduire leurs réserves au-delà d’un seuil raisonnable. Ce type de politique de socialisation du risque systémique illustre la médiocrité ontologique du système lucratif, dont on doit sans cesse compenser les défauts originels par des mesures absurdes. Elle montre quelle direction naturelle prend toujours le système d’avance.

[13] cf. LI, La valeur et la productivité.

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