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La consommation éthique



La consommation éthique

De bonne volonté, vous souhaitez réduire votre bilan carbone, votre impact matière sur la planète.

Quels sont vos leviers ? Changer le système de production ? Pas à votre portée. Changer de mode de consommation ? Il y peut-être une voie, un chemin en ce sens. Du moins, c’est ce que la logique féodale semble apprécier comme message. 

Puisque vous n’êtes rien d’autre que des producteurs/consommateurs, mais que la production est décidée par l’aristocratie féodale, la minorité dominante, et que la condition de tout investissement capitaliste sera toujours la rentabilité financière, il ne vous reste que la consommation comme levier. C’est triste, mais c’est ce qu’on mérite lorsqu’on refuse de faire la révolution.

Alors vous voulez peut-être échanger une voiture contre un vélo, manger moins de viande, passer au bio, aux filières locales, acheter d’occasion, etc., etc.

Le système serait-il pour autant transformé ? Imaginons que ce comportement éthique tout à fait louable soit appliqué durant des siècles. Aura-t-on solutionné quoi que ce soit de la surconsommation-surdestruction ? Non, évidemment.

Pour comprendre les raisons de cet échec couru d’avance, il faut revenir un moment sur les rouages de notre économie néoféodale. Que signifie ce mot barbare ? Simplement que l’ordre social a évolué avec le temps et les révolutions, mais n’a jamais perdu son principe de fond, d’où le préfixe « néo ». De quel principe parlons-nous : du principe antique de la propriété patrimoniale lucrative. En effet, un seigneur du Moyen âge, un roi de cité-État antique, un capitaliste vénitien ou un capitaliste new-yorkais fonctionnent tous selon une règle commune : déléguer l’usage de la propriété des outils de production en échange d’une rente. En gros, ils vous font travailler gratuitement, ou, dit autrement, vous font payer pour travailler. C’est le surtravail au cœur du travail de Marx. Autant le dire tout de suite, la solution ne passera pas par le marxisme.

Le théâtre néoféodal joue deux pièces dramatiques.

La première est la pièce de la domination. Tant qu’un humain pourra utiliser le travail d’autrui pour s’enrichir, il y aura des riches et des pauvres. Peu de riches pour beaucoup de pauvres. La propriété se concentrera selon la loi de l’accumulation primitive énoncée par le même Marx.

La deuxième pièce est celle du minage expansif de la nature. Comme le seigneur délègue l’usage de la propriété, il cherche à tirer la plus grande rentabilité de ses investissements. Pour compenser les gains de productivité des machines, il doit vivre dans un monde en expansion. Le système néoféodal est une pyramide de Ponzi. La récession donne les plus grandes sueurs à l’aristocratie dominante, car elle insinue un effondrement dramatique du niveau de vie des salariés et des locataires en général, terreau idéal d’une révolution[1]. Cette expansion corrélative au néoféodalisme intensifie le pillage des ressources naturelles.

Maintenant, revenons à notre point de départ, la consommation éthique. Il y a trois façons de moins consommer :

Si par éthique vous refusez volontairement de prendre votre voiture, si vous n’allez plus dans les magasins acheter les babioles néoféodales, si vous allez randonner le jour du Black Friday, alors vous consommerez moins. C’est oublier un détail. Si vous dépensez moins, alors vos comptes bancaires vont enfler. Or, la banque va les utiliser comme base pour investir, pour émettre de la monnaie. Vous offrirez donc une bouffée d’oxygène aux investissements lucratifs dont nous avons dicté quelques défauts en amont. Le bilan est discutable.

Vous changez vos ampoules à incandescence pour des LED, mais n’avez-vous pas remarqué l’efficacité des villes à planter des panneaux publicitaires lumineux ? Si seulement elles étaient aussi réactives pour planter des arbres… C’est l’effet rebond. Plus un produit est efficient, donc éthique, plus on en fabrique : plus on mine la nature. Raté.

Sans le sou, vous aurez effectivement une consommation plus responsable, plus éthique vis-à-vis du vivant. Le papou de Nouvelle-Guinée est un écolo hardcore. Pas de vêtements, pas de maisons, 100 % d’énergies renouvelables, de matériaux locaux et recyclables…

Vouloir consommer éthiquement, c’est une action désespérée, une bouteille à la mer. Non, le néoféodalisme ne sera jamais éthique parce que le principe même de faire travailler les autres à son profit n’est pas éthique, que ce soit pour produire des pulls recyclés, des panneaux solaires ou des vélos ! L’urgence, si l’on souhaite mettre l’éthique au centre des préoccupations, c’est de changer le mode de production, pas d’agir sur la consommation.

Le passage à la propriété d’usage universelle résout divers problèmes énoncés ici :

  1. La production n’étant plus définie par des rentiers, des gens qui ne mobilisent pas les outils de production, elle peut raisonnablement changer de nature.
  2. La meilleure redistribution de la richesse induite par la disparition des rentes permet de produire éthiquement.
  3. Cette meilleure répartition est compatible avec un ralentissement du tissu productif : on peut réduire la production sans plonger les plus fragiles dans un état de détresse profonde.

En résumé, la consommation éthique, bien qu’admirable, montre ses limites au sein de notre système économique actuel. Elle ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes profonds de surconsommation et de destruction environnementale. Pour un changement significatif, il est impératif de s’attaquer aux racines du problème en réformant le mode de production. L’idée de la propriété d’usage universelle, où la richesse est plus équitablement répartie et où la production est guidée par des principes éthiques, émerge comme une alternative prometteuse.

En fin de compte, pour un avenir plus équitable et respectueux de l’environnement, il est essentiel de repenser fondamentalement notre économie, tout en reconnaissant que la consommation éthique ne peut être qu’une première étape dans cette démarche.


[1] Pour cette conclusion, nous partons du principe que les rentiers continuent de prélever des rentes. Comme la valeur d’une production se répartit entre le producteur et le rentier, le salaire baissera mécaniquement si la rente reste à son niveau actuel et que la production diminue. Les salariés trop appauvris finiront par se rebeller contre leurs maîtres, les propriétaires lucratifs et l’État complice de la légalisation de ce principe.


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